Dépendances 3/3 :: Bas Seuil & Héro(s) :: Mercredi 8 juin à 20h30

Le Respadd, le Bus 31/32 et Videodrome 2 s’associent pour un cycle dans le cadre du programme « Conférence Addictions / migrations » organisée au Pharo par le Respadd et le Bus 31/32 les 7 et 8 juin. Ce cycle est l’occasion d’interroger nos représentations liées aux addictions, de questionner la construction sociale de ce qu’on l’on dénomme communément « drogue », de prendre connaissance, dans un échange avec des professionnels du secteur, des recherches, politiques publiques et dispositifs en jeu actuellement.

Mercredi 8 juin à 20h30
Videodrome 2, 49 Cours Julien, 13006 Marseille
> Voir le plan

En présence des réalisateurs Darjeeling Bouton et Emmanuel Vigier

En collaboration avec le Bus 31/32
En parallèle du programme « Conférence Addictions / migrations »
organisée au Pharo par le Respadd et le Bus 31/32 les 7 et 8 juin.

 

Bas Seuil
Darjeeling Bouton – 2014, France, 40 min
Des hommes franchissent
le seuil d’un bus arrêté aux
franges de la ville,
de la vie.
A l’asphalte et au vent,
se mêlent leur solitude,
leur vide, leur manque.
Le film s’ancre au cœur
de ce lieu d’échanges,
le Bus Méthadone,
point de rencontre entre
deux mondes.
Dérives ou errances, usagers
et praticiens, oscillent selon
des mouvements imprévisibles
de ceux qui reviennent
ou jamais.
Darjeeling Bouton

« Toujours proches, trop proches pour qu’ils soient près de nous. Et cependant séparés par le seul mouvement de leur venue. Ils viennent. Ils ne viennent pas. »
Maurice BlanchotLe Pas Au-Delà.

Héro(s)
Emmanuel Vigier – 2015, France, 55 min La plupart ont croisé l’héroïne au moment où elle tuait plus que jamais, pendant les années SIDA. Bruno est écrivain. Jean-Jacques peint dans sa longue mise au vert. Isabelle se soigne. Fanny fait des images avec ceux et celles qui sont aujourd’hui au bord du vide, comme elle l’a été elle aussi. Sur leurs pas, d’autres destins d’usagers adviennent. Une histoire, des histoires de Marseille longtemps restées hors-champ.

« Je défie quiconque de ne jamais avoir connu une quelconque dépendance. A une musique. A des mots. Un être. Ou un produit. Je n’ai pas voulu faire un film à thèse, un plaidoyer pour ou contre la poudre. Mais un film en marche avec des femmes et des hommes qui tous ont en commun le désir de transmettre une mémoire particulière, entre ombres et lumières. Une mémoire intime et collective qui colle à la peau de Marseille.  »   Emmanuel Vigier.

Conscient de la diffusion massive de l’héroïne dans Marseille au cours des années 80 et 90, Emmanuel Vigier constate aujourd’hui un certain silence sur ces épisodes : il est par exemple très difficile de savoir précisément combien de personnes sont décédées des conséquences de l’usage de l’héroïne ; la mémoire générale semble tourner le dos à cet épisode historique sombre de la ville. Comme il le soulève lors de son entretien chez Radio Grenouille : le cinéma s’est souvent intéressé au trafic de la drogue mais jamais  réellement aux usagers (sauf exceptions notables, il cite par exemple Neige de Juliet Berto). Ces derniers perpétuellement réduits à la figure de délinquants ou de malades comme si ils étaient accessoires alors qu’ils représentent en réalité (comme le soulève précisément William Burroughs dans son ouvrage Le Festin Nu en 1959) la demande, donc le noyau de la diffusion.

Par son documentaire Emmanuel Vigier espère ne plus parler à la place des premiers concernés mais bien leur donner la parole afin de les laisser raconter eux-mêmes leur histoire.  Pour lui les usagers ne sont pas à considérer comme des victimes isolées mais à intégrer à une histoire collective participant à l’évolution de la mise en place de structures pour la réduction des risques.

Héro(s) c’est aussi l’abécédaire de la blanche : Héro(s) écrit par Claire Duport, 2016  ::    » De « A pour Amour » à « Z pour Za’ma », une myriade d’histoires qui nous plongent au cœur de l’héroïne. »

> Lire des extraits de l’ouvrage :: Claire Duport, Hero(s)

 

Un éclairage :
Depuis le XVIIIème siècle, les drogues sont soumises à un contrôle étatique dont l’objet varie selon les lieux et les époques. Tantôt il s’agit de favoriser l’usage de drogues dans un but commercial (comme pour le vin) ou fiscal (comme pour le tabac en métropole, l’opium et le cannabis dans les colonies françaises). Tantôt il s’agit de limiter l’usage des drogues, au nom de considérations morales et religieuses ou de la santé publique. Le sort de l’usager, sa santé, ne sont préoccupation majeure des politiques publiques que depuis peu, au milieu des années quatre-vingt- dix.
Le débat public et politique sur les drogues, en France est donc particulier et complexe. Nous assistons régulièrement-ce qui est bien différent d’un débat à des alertes de type sanitaire ou sécuritaire […] Lancées par le gouvernement ou des experts, coproduites par les médias (presse, télévision), elles portent tantôt sur la dangerosité des consommations des « jeunes », sur la diffusion de la cocaïne ou du crack, l’extension des trafics dans les cités dites « sensibles », les violences et homicides qui leur sont attribués. Il est aussi régulièrement question du rôle et de la violence des organisations criminelles et des réseaux de trafics à l’échelle nationale et internationale.
Ainsi tous les politiste en conviennent : la mise sur l’agenda politique n’est, dans bien des cas, pas strictement liées à la gravité objective du problème considéré, mais partiellement déterminés par les compétitions politique du moment.

La réduction des risques :
Une définition :
Le message anglo-saxon pragmatique de la réduction des risques est le suivant : « Si vous le pouvez, ne vous droguez pas. Sinon, essayez de sniffer au lieu d’injecter. Sinon, utilisez une seringue propre. Sinon, réutilisez la vôtre. Au pire, si vous partagez une seringue, nettoyez là à l’eau de Javel ».

La politique de réduction des risques se caractérise par quelques fondamentaux du point de vue de la démarche. Elle valorise la capacité des individus à se prendre en charge. La réduction des risques consisterait ainsi à leur proposer des mesures de santé adaptées à leurs besoins, et non pas imposées de l’extérieur. La réduction des risques fait appel à une dimension pragmatique de santé publique (Lert, 18 Définition tirée de l’Institut National de la Santé et de la recherche Médicale (INSERM) : réduction des risques infectieux chez les usagers de drogues, démarche collective, Juin 2010, 62, Pages 1998) qui prend en compte la trajectoire de l’usager de drogues (Coppel, 1996) et ses conditions d’existence pour répondre à ses besoins (Jauffret-Roustide, 2004). Du point de vue philosophique, la réduction des risques opère un changement paradigmatique fondamental qui rompt avec l’idéal d’éradication des drogues et propose plutôt d’apprendre à « vivre avec les drogues » tout en promouvant la notion de mesure à la place de l’abstinence (Ehrenberg, 1996). Ce changement permet ainsi de dépasser une vision moralisatrice des drogues et de mettre en œuvre une approche fondée sur le non jugement (Stafford, 2007).

La réduction des risques postule la responsabilité des usagers de drogues et invoque leur capacité à modifier leurs comportements si on leur en donne les moyens (Jauffret-Roustide, 2004 ; Moore et Fraser, 2006), c’est-à- dire l’accès à des outils leur permettant de limiter les risques liés à la consommation de drogues. Ce postulat signifie une représentation spécifique de l’usager de drogues et du rapport aux drogues à partir des notions de responsabilité individuelle, d’autonomie, de rationalité des comportements et de participation citoyenne aux politiques publiques (Fraser et Moore, 2008 ; Jauffret-Roustide, 2009). La réduction des risques contribue ainsi à la promotion d’un discours spécifique autour de l’individu, du rapport au corps, et à la place accordée aux usagers de drogues dans la société.

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> Le programme « Conférence Addictions / migrations » organisée au Pharo par le Respass et le Bus 31/32 les 7 et 8 juin

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: Les tarifs des projections cinéma

5€ la séance sans adhésion
4€ la séance avec adhésion
2€ pour les moins de 14 ans
2€ pour les séances jeune public

Adhésion annuelle à l’association : à partir de 5€
La carte 10 séances + adhésion annuelle : 40€

Ouverture de la billetterie 30 minutes avant le début de chaque séance

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