Danse et cinéma #4 :: Vendredi 3 juin à 20h30


Le rendez-vous de ce soir s’articule autour de trois films très différents pour une danse amoureuse et mélancolique. Dans La complainte du progrès, Claudio Pazienza, qui n’a pas son pareil pour faire parler les objets, les fera ici danser pour nous raconter la vie d’un vieux couple. Pourvu qu’on ait l’ivresse, splendide court-métrage de Jean-Daniel Pollet, c’est un bal des années 50 où un jeune homme timide observe les jolies filles, cherche à se donner une contenance. Enfin, l’incroyable The cost of living avec lequel le DV8 Theatre inventa le film chorégraphié.


Vendredi 3 juin 
à 20h30
Videodrome 2, 49 Cours Julien, 13006 Marseille

 

:: La complainte du progrès
Alis et Claudio Pazienza – 1997, France/Belgique, 5 min
Ironie douce et implacable, La Complainte du progrès de Boris Vian, vue par ALIS et Claudio Pazienza, nous plonge dans un univers loufoque, où le réel dérape sans cesse dans l’incongru, l’absurde, voire l’inquiétante étrangeté. Un couple méticuleusement occupé à diverses activités (se servir un café, se raser, s’habiller, préparer le repas, laver le linge) voit son univers envahi par les assauts répétés du progrès.
Les pirouettes visuelles qui marquent les méfaits du progrès, ses conséquences fâcheuses et drôles, entraînent tout doucement vers la déliquescence finale. Tout se déglingue. Les lavabos débordent, les corps se blessent et les gestes les plus anodins retiennent toute notre attention. Et quand d’un simple coup de rouleau à pâtisserie, surgissent des lettres de couleur, on se dit que la magie fait peu cas des machines sophistiquées qui domestiquent notre réel.

 

:: Pourvu qu’on ait l’ivresse
Jean-Daniel Pollet – 1958, France, 20 min

Dans un dancing, un jeune homme timide observe les jolies filles. Il cherche à se donner une contenance, enviant l’audace des autres garçons. La gaucherie ou l’aisance des danseurs, les hésitations des dragueurs, le bonheur des couples évoluant sur les rythmes à la mode, l’ambiance de fête et de dérision du dancing, sont filmés avec humour et sensibilité sans commentaire ni dialogue.

Ayant en tête de filmer l’ennui le dimanche, Jean-Daniel Pollet promène sa caméra dans les dancings de banlieue, en bord de Marne. En visionnant les rushes, il tombe en arrêt devant une face lunaire et une silhouette frêle et hésitante. Il s’agit de Claude Melki, jeune titi parisien, juif originaire d’Afrique du Nord, assistant tailleur dans le Sentier, qui deviendra son acteur fétiche.
Dans les courts-métrages de Pollet, le dancing apparaît comme le lieu d’une lutte pour l’espace, où se développent des stratégies spatiales et territoriales avec l’idée de venir au centre (la piste), sans cesse désamorcée et mise en échec. L’idée de séduire et d’inviter une demoiselle à danser, manière indirecte de rejoindre le centre et la norme, obéissent à la même logique.
En mars 1959, Jean-Luc Godard écrit dans Les Cahiers du cinéma que Pourvu qu’on ait l’ivresse emprunte « la même tendresse que Raymond Queneau » mais aussi « la même férocité que Jean Vigo ».

 

:: The cost of living
DV8 Physical Theatre – 2004, Grande-Bretagne, 35 min, VOstFR

David et Eddie font un spectacle de rue dans une ville au bord de la mer. Nous les suivons dans leur travail, leurs discussions, leurs tentatives de drague. Si Eddie est dans la norme, Dave quant à lui n’a pas de jambes. À mi-chemin entre la chronique sociale à la Ken Loach et la danse contemporaine, ce film pose la question de notre propre estime et de notre rapport avec les autres de manière éblouissante.

Produit en 2004 pour la télévision britannique, The cost of living a été conçu par Lloyd Newson – connu pour ses chorégraphies provocatrices au sein du collectif DV8 Theatre (« dévier » en français) – et ses danseurs. Ceux-ci vont du « corps extrêmement performatifs à un homme sans jambes » : David Toole, dont l’incroyable performance met au défi notre vision de la capacité et participe à la « critique de l’obsession de notre société pour l’image« . Ainsi nous l’explique Lloyd Newson :

« The cost of living parle de ces gens qui ne correspondent pas aux valeurs du marché, si l’on joue sur l’aspect financier du coût de la vie. Qu’arrive-t-il dans l’expérience de la vie ? Y perd-on sa naïveté ? Que perd-on à vivre ? Est-ce que l’expérience peut nous aider ?
La question que je me pose ici est : devient-on aussi amer et cynique que le coût de la vie ? Pour certains personnages, les plus aigris, l’important est de faire partie du club, d’être bien habillé, attirant, de réussir. Et si on ne réussit pas complètement, on peut au moins être normal. Mais qu’arrive-t-il à ceux qui ne rentrent dans aucune catégorie ?
La danse a souvent à voir avec la jeunesse, la beauté, les corps valides. Je crois que la danse est une forme géniale pour parler de ces questions. C’est un peu comme un concours de beauté, en fait un concours de beauté et un concours de force. Nous voulons savoir ce qu’il y a derrière les sourires et les corps attirants des couvertures de magazines : qui a fait de la chirurgie plastique, qui cache ses défauts. Certains ne peuvent se cacher autant que d’autres. Dans la compagnie, nous avons un danseur handicapé, ainsi qu’un danseur très gros. Et il est évident qu’ils sont, visuellement, très différents de nous. Et, qu’en est-il de ceux qui peuvent masquer leurs imperfections physiques mais pas leurs imperfections psychologiques ? Pourquoi est-il si important de leur donner cet ‘air de Prozac’ ? J’avais tendance à dire que la danse était le Prozac des formes d’art. C’est donc de cela que parle ce film : de ceux qui ne sont pas parfaits et ne peuvent y prétendre, de ceux qui ne rentrent pas dans les cases car ils ne jouent pas le jeu. »
Lloyd Newson.

 

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