Gestes de travail : une proposition de L’ESADMM :: Mardi 24 mai à 20h30


Dans le cadre du projet partition/passation initié par L’École Supérieure d’art et de design Marseille-Méditerranée, en périphérie des conférences données à La Friche Belle de Mai, est proposée cette soirée hors les murs à Videodrome 2  avec la projection du film Una luz en la pared de la réalisatrice Alissone Perdrix. Ce film de vidéo et de papier se déroule dans un imprimerie de Cali, en Colombie. Cinéma et impression se rencontrent et tissent le film dans un va et vient entre le geste filmique et celui des ouvriers. Au fur et à mesure que les images se fabriquent, les machines de l’imprimerie se transforment en machine de cinéma.

Mardi 24 mai à 20h30
Videodrome 2, 49 Cours Julien, 13006 Marseille
> Voir le plan

Entrée à prix libre

Une proposition de Jean Baptiste Sauvage
Gratuit pour les étudiants de l’ESADMM

Le projet Partition/passation interroge la notion de partition, d’écriture et de transcription d’une œuvre à un acteur extérieur (ou pas). Nous analyserons les différents  statuts de ces partitions on les disciplines et les projets, qu’il s’agisse d’art (avec bien sur l’art conceptuel et ses descendants) ou de design avec le retour massif du “do it yourself” ou encore d’architecture de papier et aujourd’hui le phénomène des fablab et autres communautés open source. Cette question de la partition se déplace et ré-interroge aujourd’hui (comme hier)  autant la question du statut de l’auteur que  celui  de l’œuvre.

La partition peut être dans certains cas l’œuvre elle-même, elle peut être un ensemble de directives afin de réaliser ou jouer une œuvre. Elle peut aussi être l’amorce d’une œuvre à prolonger et à enrichir en “open source”, etc. La partition sera donc envisagée dans ce projet de façon très large, « flirtant » parfois avec le mode d’emploi ou la règle du jeu. Elle comprendra évidemment les œuvres conceptuelles, mais aussi tel comédien qui rejoue les séminaires de Deleuze ou Lacan ou encore cette tablette Babylonienne qui contient les plans de l’arche de Noé !

Sortie d’usines
Sandy Amerio – 2004, France, vidéo (boucle de plusieurs min)

« Le 20 février 2004, lorsque les salariés de l’usine OCT de Dourdan arrivent sur leur lieu de travail, les machines ont mystérieusement disparu durant la nuit. Une lettre de licenciement anonyme leur est distribuée. Privés de leur outil de travail, ils décident de se mobiliser. Une vague médiatique s’ensuit, relatant les faits et les batailles juridiques des salariés contre leurs patrons. La parole des licenciés diluée dans le commentaire journalistique m’apparaissant terriblement stéréotypée, je décide de les rencontrer en mai 2004.

Je travaille à cette époque sur le business storytelling1 et c’est dans ce contexte que j’ai l’idée d’élaborer avec eux une sorte de storytelling à l’envers. Sur support vidéo, je recueille leur parole in extenso, ne leur donnant qu’une seule consigne, à savoir commencer leur récits par « Il était une fois… ». Une distanciation s’opère alors tout naturellement à l’écran, les licenciés hésitant entre un improbable « Il était une fois je » et l’invention d’un personnage fictif les représentant. Tel un jeu de rôle, Sorties d’usines (titre en forme de clin d’oeil au film des frères Lumières) opère ainsi le prélèvement de ceux qui ont été « racontés » dans le but de reprendre la parole. Parallèlement, je les filme chez eux refaisant les gestes qu’ils faisaient aux machines…sans les machines.

Un documentaire poétique présenté sous forme d’installation naîtra de ces rencontres. Les ouvriers de l’usine OCT de Dourdan sont aujourd’hui retombés dans l’oubli. Dans la fosse commune des travailleurs anonymes de l’Histoire. Sysyphe dépourvus de rocher à porter, ils miment tragiquement les temps modernes. Des temps où la disparition de l’objet aliénant n’est plus synonyme de celle de l’aliénation même. »
Texte de Sandy Amerio publié dans la revue de(s)générations.

> Découvrir le travail de Sandy Amerio

Una luz en la Pared
Alissone Perdrix – 2015, France, 29 min VOstFR

« ll ne s’agit pas d’un documentaire sur l’imprimerie en Colombie. Il s’agit d’un regard, d’une rencontre, d’une fois, entre une réalisatrice et deux imprimeurs. Entre un œil cinématographique et  les mécanismes secrets et implicites de la mécanique. Deux outils différents – la caméra et l’imprimerie – mais qui se retrouvent liés dans ce documentaire, associés, noués. Car finalement, quel est le but de ces deux outils ? Produire des images. Les réaliser, les imprimer, raconter une histoire. L’analogie est là.

Et petit à petit nous entrons dans l’imprimerie. On s’immisce dans cet univers à travers l’œil de la caméra, dans cet espace sombre et dense, aux bruits de métal, de rouages, de mécaniques. On voit des mains, des mains qui collent, qui ajustent, qui dessinent, qui gravent, qui impriment. Des mains tachées. Des mains rugueuses. Mais des mains précises et délicates. Parfois un visage. Ou des jambes, qui dansent, la salsa, à côté d’un pot d’encre. Car il ne faut pas oublier que nous sommes à Cali, ville de la salsa. C’est un concept de photographie animée qui nous est présenté ici. Photographie animée, et sonore. Nous entendons les  rouages  des  machines,  leurs  grognements, leurs  gémissements,  leurs  chuintements.  Et  la machine s’arrête, le rouage se suspend. Alors reprend le murmure de la radio, de la salsa, qui s’élève, accompagné de la voix de ces hommes. C’est réellement un processus qui s’offre à notre regard, voire un double processus. Petit à petit les machines se dévoilent, de la même manière que l’objet  cinématographique  s’exprime  et  se  déroule sous nos yeux.

Alissone Perdrix construit réellement un univers, univers d’engrenages, pour arriver petit à petit à ces  hommes,  à  ces  hommes  qui  s’incarnent  à travers leur espace et leurs gestes. Des mains qui apparaissent, disparaissent, des visages qui disparaissent ou surgissent, tel que le phénomène de l’obturation. On apprécie également le contraste fort entre la répétition, les rouages, les machines, et la vitalité de ces hommes dans le travail, leur minutie, leur concentration. Machines d’un autre temps,  elles  semblent  désuètes,  mais  ces hommes continuent de faire les vivre et vibrer, continuent de dormir dedans, de monter dessus, comme pour arrêter un temps qui ne fait que filer.  Comme  une  lutte  pour  survivre  dans  ce monde industrialisé. Confrontation de machines, entre l’archaïque et le numérique, confrontation d’âge, cet objet cinématographique est une réelle mise en abyme, une représentation d’une œuvre, dans une œuvre similaire, malgré tous les écarts qui peuvent survenir, pour peindre une relation charnelle entre le cinéma et l’impression. Empreint de réel, ce film nous hypnotise et nous dévoile une pratique, rendant hommage à ces hommes, à ces hommes artisans-artistes. Jusqu’à ce que finalement, la lumière sorte, et s’exprime, quitte cet atelier obscur, ctte chambre obscure, et s’empreigne sur les murs de la ville, d’un écran, soit projetée, et vue. Jusqu’à ce qu’une lumière soit sur le mur. »
Camille Cuisnier

> Découvrir le travail d’Alissone Perdrix

 

:: Les tarifs des projections cinéma :

5€ la séance sans adhésion
4€ la séance avec adhésion
2€ pour les moins de 14 ans
2€ pour les séances jeune public

Adhésion annuelle à l’association : à partir de 5€
La carte 10 séances + adhésion annuelle : 40€

Ouverture de la billetterie 30 minutes avant le début de chaque séance

 

> Voir toutes les séances cinéma

 

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