Un écrivain, un film: Bertold Brecht, Kuhle Wampe : Dimanche 15 mai à 19h


Nous proposons, du 10 au 15 mai, de voir les films uniques d’écrivains : Giono, Genet, Guibert, Beckett
Nous terminons ce cycle par Bertold Brecht. Il est un peu impropre de dire que Kuhle Wampe est le film unique de Bertold Brecht. Tout d’abord parce que le film est réalisé par Slatan Dudow, bulgare, qui deviendra un des grands cinéastes de la RDA. Kuhle Wampe est ainsi plutôt le fruit d’une collaboration proche entre Dudow et Brecht. Ensuite, parce Brecht a participé à l’élaboration d’autres films (Les bourreaux meurent aussi, de Fritz Lang, par exemple). Mais ce film rare et méconnu est un point de convergence de nombre de questions que nous nous sommes posées au cours de nos programmations : qu’est-ce qu’écrire avec le cinéma, qu’est-ce que donner l’image d’une ville (Berlin, ici), qu’est-ce que faire un film politiquement, qu’est-ce que la place de la musique dans un film (Hanns Eisler a composé la musique), quel est le legs du formalisme cinématographique soviétique (Dudow s’était formé à Moscou) ?

Dimanche 15 mai à 19h
Videodrome 2, 49 Cours Julien, 13006 Marseille
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Kuhle Wampe, oder: Wem gehört die Welt?, Ventres glacés
Slatan Dudow, écrit produit et supervisé par Bertold Brecht– 1932, Allemagne, 1h11, VOstFR
Fruit de la collaboration de Dudow et Brecht, le film repose sur un fait divers : un jeune ouvrier s’est défenestré à Berlin après avoir enlevé sa montre. Berlin, fin des années 20, début des années 30. Peu de villes auront brillé d’un tel éclat dans une durée si courte. L’avant-garde artistique mondiale, la lutte politique, la fête, qui régnaient dans cette ville, ont durablement marqué le XXème siècle.
Kuhle Wampe se place (Brecht était devenu marxiste à l’époque) du côté du monde des prolétaires. À qui appartient le monde ? est le sous-titre du film. Exploration des espoirs, des luttes et du quotidien des ouvriers dans Berlin en pleine crise économique, telle est la proposition du film. On se trouve ainsi à des années-lumières du film de Ruttman, Berlin, symphonie d’une grande ville, film moyennement traversé (c’est un euphémisme) par la question politique et sociale.
Mais, et c’est plus q’une singularité, ce film (schématiquement, sur le papier, on pourrait croire à une fiction prolétarienne, avec son déluge de situations larmoyantes et son lent cheminement vers une prise de conscience révolutionnaire), est réalisé, conçu, par des hommes de la forme (Dudow avait étudié le théâtre avec Meyerhold, et Brecht, inutile de dire son implication et sa place dans la pensée esthétique de ce siècle).
Peut-être se souvenir ici de Pasolini :
« Le théâtre facile est objectivement bourgeois ; le théâtre difficile est pour les élites bourgeoises cultivées ; le théâtre très difficile est le seul théâtre démocratique. »
Pasolini (Manifeste pour un nouveau théâtre, 1968) qui disait de Brecht : 
« Dans le présent manifeste, le nom de Brecht ne sera cité nulle part. C’est le dernier homme de théâtre qui ait pu faire une révolution théâtrale (à l’intérieur du théâtre) dans le théâtre […] Quoi qu’il en soit, c’est une certitude : les temps de Brecht sont définitivement révolus. »

Ainsi, même daté, tout dans la mise en scène et la réalisation de Kuhle Wampe est tentative, innovation, puissance. Tout est la mise en forme d’une pensée puissante et radicale quant à la représentation.
Brecht a été un grand déçu du cinématographe. Il écrivait son amertume concernant son travail avec Lang aux USA :
« Je m’aperçois maintenant que ce travail cinématographique m’a rendu quasiment malade. Ces « surprises » dues au fait que l’impossible arrive, ces « suspenses » dus au fait qu’on cache des choses au public, […], ces effets de Théâtre de Rose anno 1880, ces explosions d’imagination sordide, de sentimentalité puant l’argent, de réaction triomphante profondément enracinée, de violents ressentiments rentrés eu égard aux prétentions de faire un grand film tandis que la mise en scène est coupée en tranches… Et puis les images qu’il a été si difficile de dégager retournent au magma, les personnages reprennent l’allure caricaturale des types anciens, dans la construction viennent s’incorporer d’épaisses colonnes qui ne portent rien, l’habilité devient sottise, le progrès régression, la noblesse vulgaire, le vulgaire séduisant. » Bertold Brecht, Journal.

Mais il reste Kuhle Wampe, et sa chanson finale :
« Debout, peuples de cette terre,
Pour ce seul but unissez-vous :
Que la terre soit votre terre
Et qu’elle vous nourrisse tous

En avant ! N’oubliez jamais
Que notre force est l’unité,
Ventre plein ou ventre affamé,
En avant, n’oubliez jamais
La solidarité !

Jaunes ou bruns, blancs comme noirs,
Cessez donc de vous massacrer !
Que les peuples puissent parler
L’accord se fera sans retard !

En avant ! N’oubliez jamais
Que notre force est l’unité,
Ventre plein ou ventre affamé,
En avant, n’oubliez jamais
La solidarité !

Si nous voulons vite arriver
Vous tous nous êtes nécessaires :
Celui qui n’aide pas son frère
C’est lui qu’il refuse d’aider.

En avant ! N’oubliez jamais
Que notre force est l’unité,
Ventre plein ou ventre affamé,
En avant, n’oubliez jamais
La solidarité !

Tous, et autant qu’ils sont, nos maîtres
Voient d’un bon œil nos dissensions,
Car le temps qu’elles dureront
C’est vrai qu’ils resteront nos maîtres.

En avant ! N’oubliez jamais
Que notre force est l’unité,
Ventre plein ou ventre affamé,
En avant, n’oubliez jamais
La solidarité !

Prolétaires de tous pays
L’union, c’est votre liberté :
Vos bataillons et vos armées
Viendront à bout des tyrannies !

En avant, jamais n’oublions,
Ventre affamé ou ventre plein,
Et posons tout net la question :
Qui donc possède le matin ?
À qui le monde appartient donc ? »

 

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