Pierre Clémenti, l’ange noir du cinéma #3 :: Samedi 23 avril à partir de 16h

Il disait qu’ « un film est un lieu de rencontre entre frères qui ne se connaissent pas et dont le hasard d’une représentation mêle les destins à travers le temps et l’espace« . Il aimait le cinéma. Le théâtre. La poésie de la vie. Icône de la fin des années 60’s qui a rejeté la gloire pailletée de l’idole, figure du désir radical, de l’être révolté, Pierre Clémenti est resté « l’incarnation d’une jeunesse absolue« , préférant s’asseoir aux côtés des proscrits. Pierre Clémenti était cinéaste, avide d’aller vers l’inconnu, auteur autodidacte et intuitif d’une œuvre d’une puissance poétique séditieuse dans le tremblement des années 60 et 70 au cœur de laquelle repose l’idée que tout ce qui est intime et personnel est politique.

 

Samedi 23 avril à partir de 16h
Videodrome 2, 49 Cours Julien, 13006 Marseille
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Pass week-end (valable pour un week-end) : 15 euros

 

 

Marcel Duchamp en 1961 déclara que l’artiste de demain « will go underground »
La liberté cinématographique qui traverse les années pré-68 est celle de faire de l’art un geste de vie, une expérience purement et simplement, de changer les conditions de production et de diffusion, de se jouer du passé tout en le subvertissant. Face à la culture officielle, c’est la naissance en France du cinéma underground, d’une contre-culture peu connue mais vibrante, influencée par les Etats-Unis.

« Lorsqu’ils (les gens) commenceront à tourner avec leur propre caméra, à filmer leur propre famille, leur maison, leur travail, quelque chose alors se passera ; ils découvriront que ce n’est pas ainsi au cinéma. (…) Quand des gens voient un film underground, ils comprennent qu’ils peuvent faire aussi bien, voire mieux, ce qui les incite à acheter une petite caméra. Je pense que les caméras Super 8 ou 16mm leur permettent de réaliser tous les films qu’ils désirent et, ne serait-ce que pour cette raison, le cinéma underground est révolutionnaire. Le cinéma underground est positif en ce sens qu’il libère, qu’il déclenche quelque chose dans la conscience humaine.»
Pierre Clémenti, lors d’un table ronde en 1970 à Rome avec Glauber Rocha, Jean-Marie Straub et Miklos Jancso

 

:: 16h

Belle de jour
Luis Buñuel – 1967, France/Italie, 1h41

Épouse d’un jeune interne des hôpitaux qu’elle aime « au delà du plaisir », Pierre Sérizy, Séverine n’a jamais trouvé un véritable plaisir auprès de lui. Séverine Serizy est une jeune et très belle femme aux fantasmes masochistes assez particuliers. Un des amis du ménage, play-boy amateur de call-girls, lui glisse un jour l’adresse d’une maison clandestine. Troublée, Séverine ne résiste pas à l’envie de s’y rendre et ne tarde pas à devenir la troisième pensionnaire de Mme Anais. Elle y est appelée Belle de jour car ses visites surviennent chaque après-midi de deux à cinq heures.

Tiré du roman Belle de jour de Joseph Kessel, le titre évoque le nom d’une fleur qui ne fleurit que la journée, et en l’occurrence fait référence à la jeune bourgeoise (Séverine Serizy) à qui la patronne de la « maison de passe » qu’elle fréquente a donné ce nom (« Belle de jour ») parce qu’elle n’offre ses charmes que l’après-midi (de 14h à 17h).

 

::  18h

Positano (inédit)
Pierre Clémenti – 1968, France, 28 min, (bobine 30B01)
Accompagné d’une performance en musique de Bertrand Wolff, Damien Ravnich et François Rossi.

Souvenirs souvenirs (inédit)
Pierre Clémenti – 1967-78, France 27 min, (bobine 27)

Positano est une île de la côte amalfitaine que Neptune aurait, selon la légende, créé par amour d’une nymphe. Et c’est bien d’amour que ce film parle avant tout, un amour total et solaire dans lequel la famille et les amis sont saisis dans un même champ poétique. Juchée sur les rochers de l’île, la maison de Frédéric Pardo et Tina Aumont est devenue en 1968 un lieu de rencontres pour la communauté underground. Pierre Clémenti y séjourne quelques temps et y tourne des images d’une sensualité éblouissante.

Au-delà du regard intimement amoureux que Pierre Clémenti porte sur ces visages et ces corps souvent nus dans ce paysage méditerranéen, le film nous révèle la beauté émouvante d’une utopie où le vivre ensemble pouvait encore se réaliser dans un territoire de partage et de création permanente. Flux de perceptions de la conscience, impressions visuelles, imprégnations physiques, l’oeuvre de Pierre Clémenti est une ode à la sensualité et à « la vie– cinéma ».

Pour Clémenti, le but principal de la création était de bousculer l’ordre habituel des choses en se frottant à l’inconnu. L’acte de créer consisterait à «être vierge devant le neuf, à faire tout ce que l’on fait comme pour la première fois». Si Pierre Clémenti n’a jamais sonorisé ses films-carnets de vie, c’est qu’il a souvent préféré les confronter à la réalité de sonorisations vivantes au cours de ses projections. Pierre Clémenti aimait partager ses œuvres avec ses amis musiciens, faire des projections de ses films des instants de vie : ils ont souvent été accompagnés par des performances sonores.

Nous avons proposé à Bertrand Wolff et Damien Ravnich de prendre le flambeau de la performance sonore sur Positano. Leurs improvisations accompagneront cette plongée visuelle qui viendra se télescoper avec le flux d’images hallucinées de Souvenirs Souvenirs projeté dans un silence…religieux si nous le pouvons.

François Rossi : batterie
Bertrand Wolff : laptop, synthétiseur
Damien Ravnich: batterie, pad
Connus pour leur projet commun Postcoïtum, Bertrand Wolff et Damien Ravnich construisent ensemble une esthétique fondée sur le mariage de l’instrumentale et de l’électronique et faisant appel à des influences hybrides autour de textures idm, de rythmiques indie rock ou encore de sonorités industrielles.

Positano et Souvenirs souvenirs sont aussi des films d’évocation auto-biographique, inachevés cependant. Les bobines originales, images accumulées sur plus de 15 ans, sans bande son, ont été restaurées en 2010 par la maison de productions House on Fire. Ces deux films abondent de références sur la vie de Pierre Clémenti.
Positano retrace une période intense de création et de partage d’expériences avec sa famille d’amis. La caméra du comédien s’arrête sur tout ce qui l’entoure, sur ses compagnons parfois nus, le tournage du Lit de la Vierge (Philippe Garrel, 1969). Derrière ces images gisent des idéaux chers aux contre-cultures des années 1960-1970, en particulier, l’éloge de la paresse et du droit à disposer de son temps.
Souvenirs souvenirs vise tout autant Sylvina Boissonnas – mécène du groupe Zanzibar –, Catherine Deneuve, Étienne O’Leary, le tournage des films Les idoles de Marc’O et Le lit de la Vierge de Philippe Garrel.

::  21h

La révolution n’est qu’un début. Continuons le combat
Pierre Clémenti – 1968, France, 23 min

Film muet. Mi journal filmé, mi ciné-tract sur les événements de mai 1968.
Pierre Clémenti vit à Rome pendant le tournage du film Partner de Bertolucci quand éclate mai 68. L’acteur rentre à Paris, participe aux événements et réalise ce film oublié dans une cave pendant plus de 35 ans. Un document extrêmement rare.

Partner
Bernardo Bertolucci – 1968, Italie, 1h45, VOstFR

Adaptation du deuxième roman de l’écrivain russe Fiodor Dostoïevski, le film suit la vie d’un enseignant à l’Académie d’art dramatique de Rome, Jacob − paradigme de l’intellectuel frustré qui rêve de la révolution sans réussir à mettre en pratique ses propres projets − dont l’existence change soudainement suite à l’apparition d’un individu qui affirme être son double. Peu à peu, il commence à se substituer à lui, en accomplissant à sa place les gestes dont il se sent incapable, en traduisant les paroles en actions et le désespoir en déchaînement de violence.

Le premier film de Pierre Clémenti avec Bernardo Bertolucci est un des plus emblématiques de l’esthétique de l’avant-garde cinématographique et du mélange entre l’art et la politique de son époque.

Bernardo Bertolucci, jeune cinéaste promis à un brillant avenir, fils d’un des plus grands poètes transalpins, remarque Pierre Clémenti lors de la présentation de Belle de Nuit à la Mostra de Venise : « La façon qu’il avait d’être sinistre, cet ensemble de choses contradictoires, me séduisait totalement et je me suis dit : « je veux travailler avec ce mec !  » »
Inactif depuis quatre ans (ses deux premiers opus ont été des insuccès), Bernardo  Bertolucci propose à Pierre Clémenti de jouer dans un petit film indépendant inspiré du deuxième roman de Dostoïevski, Le double. L’équipe est en bonne partie issue du Centro sperimentale di cinematografia (CSC), l’une des plus anciennes écoles de cinéma au monde, véritable creuset de talents que Pierre Clémenti va souvent croiser dans les dernières années de sa carrière italienne.

La construction de Partner est prise dans le magma des événements de mai 68, en écho avec les tensions au cœur de l’Italie en surchauffe économique avec une inflation sans précédent qui pousse les plus pauvres aux abords des grandes villes dans des conditions de vie désastreuse. Les deux comparses Le théâtre et son double d’Antonin Artaud, discutent des happenings du Living Theatre, dont ils découvrent les prémices dans le «théâtre de la cruauté» du grand théoricien français. Dans ce film s’enchevêtrent théorie du cinéma (les amis n’ont de cesse de lire de découvrir) et abandon de tout contrôle (comment penser la révolution si subsiste l’idée de contrôle ?). Bernardo Bertolucci mélange des matériaux différents, salue Bertolt Brecht et Roland Barthes au passage avec humour. Pierre Clémenti relate à Bernado Bertolucci la situation de révolte française. Ce dernier interrompt même le tournage de Partner afin que Pierre Clémenti retourne en France prendre la mesure des événements caméra au poing. Pierre Clémenti sera un des rares témoins à avoir filmé ces événements. Les images précieuses tournées alors sur place sont d’ailleurs la matière de La révolution n’est qu’un début, continuons le combat. Pierre Clémenti communique à Bernado Bertolucci la ferveur de cette période unique, lui raconte ce qu’il a vu et entendu : l’occupation de la Sorbonne, les slogans. Partner est ainsi imprégné en creux de ces récits et de cette énergie collective.

Pour faire apparaître Pierre et son double à l’écran, Bernardo Bertolucci préfère employer une technique artisanales des années 20 : il obture dans un premier temps la moitié de l’objectif tourne la scène, retourne en arrière et couvre la partie initialement visible, découvre la seconde et tourne à nouveau.

Le film, opus malaimé dans la filmographie de Bertolucci, a une structure fragmentée, explosée: c’est à la fois un anti- et un méta-film. Pierre Clémenti y incarne Jacob et son double, les inquiétantes figures imaginées par Dostoïevski, en leur donnant des allures de Dr Jekyll et Mr Hyde, sans oublier la leçon de Belle de jour, où il interprétait déjà un personnage que n’aurait pas renié Stevenson. Comme l’écrit justement Jeanne Hoffstetter dans sa biographie semi-romancée, « Partner achevé fait figure de film brechtien brûlé à son propre feu.»

La légende veut que Jean-Luc Godard, auquel Bernardo Bertolucci vouait une grande admiration, ait assisté à une projection privée de Partner. Une fois la séance terminée, il se serait retourné vers son collègue italien, l’aurait regardé et lui aurait dit:
– Mais, c’est terminé?
– Oui.
– Ah bon? Ça pouvait continuer, continuer, continuer
encore.

Le père du cinéaste, Attilio Bertolucci, assiste au tournage de la séquence initiale du film. Ému par l’incarcération de l’ami de son fils (Pierre Clémenti est incarcéré en 1971 en Italie pour détention de drogue), il écrira la poésie «Clementi en prison»: il y évoque le café où a été tournée cette séquence et l’imitation de Nosferatu à laquelle se livre Jacob. Se remémorant ces épisodes, Bernardo Bertolucci confie à Jeanne Hoffstetter: «On m’a souvent dit qu’à travers mes films, je tuais mon père. Mon père qui m’avait dit un jour: Ah! tu es malin, toi, tu m’as tué plusieurs fois sans jamais aller en prison. Alors, je pense qu’en écrivant ce poème sur Pierre, c’était peut-être sa façon à lui de me prendre quelque chose. Peut-être se disait-il qu’il était allé en prison à ma place? Dans le fond, moi j’ai toujours pensé que ces gens de mon âge qui s’étaient autodétruits, comme c’était le cas de Pierre, m’avaient sans doute sauvé sans le savoir.»


 

:: Les tarifs des projections cinéma

5€ la séance sans adhésion
4€ la séance avec adhésion
2€ pour les moins de 14 ans
2€ pour les séances jeune public

Adhésion annuelle à l’association : à partir de 5€
La carte 10 séances + adhésion annuelle : 40€

Ouverture de la billetterie 30 minutes avant le début de chaque séance

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