Pierre Clémenti, l’ange noir du cinéma #2 :: Dimanche 17 avril à partir de 16h

Réveiller la figure de Pierre Clémenti, « qui a appris l’innocence auprès des condamnés »  et lever le voile du présent pour redécouvrir sa grâce : anticonformiste, figure d’un désir radical, d’ « une jeunesse absolue » au coeur de Mai 1968, incarnation du refus des conventions et de la gloriole, de l’idole qu’il détestait, Pierre Clémenti s’est affirmé en contre dans ses choix en tant qu’acteur, non sans troubler ceux qui souhaitaient le situer. Travailleur acharné, il ne s’est jamais satisfait de son expérience et de sa technique, préférant l’entreprise du renouveau et ses dangers qu’être cantonné à un rôle. Pierre Clémenti avait envie de « participer à des spectacles qui libèrent les gens, qui leur apportent la lumière, qui les soulagent de leurs angoisses« . Il a préféré ainsi suivre Philippe Garrel que le Maestro Fellini.

 

Dimanche 17 avril à partir de 16h
Videodrome 2, 49 Cours Julien, 13006 Marseille
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Pass week-end (valable pour un week-end) : 15 euros

Séances accompagnées par Francis Lecomte, Luna Park Films

 

 Jeanne Hoffstetter a choisi cet épitaphe pour son ami Clémenti :
« Savoir où sont ses préférences, au lieu de répondre humblement « Amen » à tout ce que l’univers entier assure que l’on doit préférer, c’est garder son âme en vie » Stevenson

 

:: 16h
Inédit et introuvable
Pierre Clémenti – 1968, 5 min
Nous remercions chaleureusement Francis Lecomte pour ces précieuses images.

Benjamin ou les Mémoires d’un puceau
Michel Deville – 1968, France, 1h40
Après avoir vécu toute son enfance dans une vieille demeure avec son tuteur Camille, le jeune Benjamin arrive un jour d’été vers 1750 au chateau de Valandry chez sa tante la comtesse. Il a dix-sept ans et ignore tout du monde. Là, soubrettes, femmes du monde, invités et domestiques dansent une sarabande endiablée et s’adonnent aux jeux de l’amour. C’est à qui initiera l’innocent jeune homme aux secrets du libertinage. Pendant ce temps Benjamin ouvre les yeux et les oreilles. Il voit le comte délaisser sa tante pour courir vers d’autres aventures gaillardes, et tomber amoureux d’Anne de Boissy. Mais celle-ci a décidé de faire souffrir le comte avant de l’épouser. Et, un soir de fete, elle s’offre à Benjamin afin que le comte ne soit pas son premier amant…
Michel Deville avait été marqué par Pierre Clémenti sur le tournage d’Adorable menteuse en 1961 Il lui avait promis qu’ils se rencontreraient à nouveau. Promesse tenue six années plus tard. Il a alors 25 ans. Comment rendre réaliste Benjamin joué par un Pierre Clémenti de 25 ans ? Grand acteur, ce dernier a su redevenir parfaitement juvénile et enfant, prouvant à nouveau son talent inné pour la scène et sa capacité à ne faire qu’un avec le personnage. »Deville a su parcourir ces chemins scabreux avec une élégance qui ne dément pas. Il s’élève ici très au-dessus des agréables divertissements qu’il nous a déjà donnés. Car, alors que les garçons de sa génération cultivaient férocement la violence, avec Adorable menteuse, Ce soir ou jamais, Lucky Jo, il avait su nous montrer que le temps de la comédie à la René Clair n’était pas révolu. Cette fois, il a tiré le maximum de Michèle Morgan, qui joue en demi-teinte un personnage difficile, de Michel Piccoli, qui, d’abord séducteur désinvolte, se laisse prendre à ses propres pièges, de Catherine Deneuve, ingénue libertine qui connaît d’instinct tous les jeux de l’amour et du hasard. »
Les nouvelles littéraires, 1968

 

:: 18h
La cicatrice intérieure
Philippe Garrel – 1972, France, 1h32Dans le désert des Mojaves, une femme en robe de bure assise sur un rocher est rejointe par un homme qui la prend délicatement par les épaules pour continuer son chemin avec elle. L’errance d’une femme, de deux hommes et d’un enfant sur une planète lointaine et glacée.

Henri Langlois, éminence grise du cinéma, écrira de ce film qu’il est un chef-d’oeuvre total : « Tout à coup, c’est l’humanité, toute la terre qui parle – la terre dans le sens antique de mère. Mais ce n’est même pas la terre qui parle, c’est l’humus… C’est incroyable tout y est ».
« Il ne faut pas regarder La Cicatrice intérieure en se posant de questions, il faut le regarder juste par plaisir, comme l’on peut prendre plaisir à se promener dans le désert. Ce sont des traces avec ce qui se passe dans ma tête au moment où je tourne, cela ne peut être que des traces ou des jalons »
Philippe Garrel

 

La Cicatrice Intérieure est le premier film de Philippe Garrel tourné avec Nico qui allait être son égérie pendant une dizaine d’année. Le film fut produit par Sylvina Boissonnas, apparition fabuleuse pour les arts de cette époque et mécène du groupe Zanzibar que nous avons pu rencontrer samedi 16 avril à travers Pierre Clémenti et Etienne O’Leary.
Philippe Garrel rompt ici totalement avec les systèmes classiques de narration, de fiction et de production, bien plus radicalement que les cinéastes de la Nouvelle Vague. Pour faire ses films, il récupère de la pellicule périmée, tourne avec une caméra à manivelle et s’avance sur les terres incertaines de l’expérimentation totale.

Pourquoi choisir de diffuser La Cicatrice Intérieure et non pas revenir sur la figure christique de Pierre Clémenti dans Le lit de la Vierge qui, selon Philippe Garrel lui-même, porté par la puissance de cet acteur lyrique, était « devenu le film de Pierre« ?

La Cicatrice Intérieure est un film de famille, de communauté utopique qui porte pourtant en elle son impossibilité. Pierre Clémenti parle Français. Nico parle Allemand et Anglais, Philippe Garrel demeure muet.  Philippe Garrel a demandé à Pierre Clémenti , accompagné de son fils Balthazar, de rejoindre le tournage de La Cicatrice Intérieure, un film de bande encore une fois travaillé par les affinités électives. Chez Frédéric Pardo, à Positano, ville qui donnera son nom à un des films inédits de Pierre Clémenti que nous présentons, Philippe Garrel a rencontré Nico (qui a intégré les Velvet Underground en 1967). La Cicatrice Intérieure, film tellurique qui met en scène un Pierre Clémenti onirique,  n’est pas un autre monde mais le symbole de l’absence d’un nouveau monde dont toute la bande a rêvé dans l’effervescence illusionnée de cette fin de décennie où art et vie ne faisaient qu’un.

:: 21h
À l’ombre de la canaille bleue
Pierre Clémenti – 1986, France, 1h20
Fiction. Histoire âpre et glacée d’une descente aux enfers.
Récit de l’errance damnée d’un tueur échappant au contrôle d’une police parallèle, jusqu’au moment où le récit bascule. Un film inclassable tourné dans un Paris nocturne et populaire.

 

L’oeil de Pierre Clémenti derrière sa caméra s’ouvre avec cette même liberté qui l’ animait et le poussait dans ses choix en tant qu’acteur et dans sa vie. Il filme sa vie, ses amis, les endroits et gestes du quotidien au jour le jour, glâne, accumule et retravaille, coupe, monte, ajoute des surimpressions. Il est témoin de son époque. Comme que le notera Nicolas Frize à qui Pierre Clémenti a confié le montage son de ce bijoux qu’est New Old : ce sont « des films amoureux » car il les fait avec les gens qu’ils aiment.

 

« Ayant réussi à maîtriser la technique et découvert toutes les subtilités de cette caméra géniale, je me lançais caméra à la main dans ma première fiction politique : À l’ombre de la Canaille Bleue, adaptant une nouvelle d’un ami poète tunisien Achmi Gahcem qui correspondait parfaitement au monde dans lequel nous vivions et qui fut mon acteur pour ce film.
Un peu plus d’un an pour le tournage, un peu plus pour le montage… Quant à la sonorisation et le mixage tant d’années ont passé. Film achevé, inachevé, suspendu dans l’air du temps, frappé au cœur par l’image réelle de la transfiguration.
La première projection de la Canaille Bleue eut lieu au musée d’Art moderne de Beaubourg. Le film fut montré avec une vingtaine de musiciens. Y participaient également les acteurs du film en un vaste happening pour sa sonorisation en direct.
L’effet du direct dépassa mes espérances. Le public se fondit en une rumeur et un chant si puissants, émotionnellement et vocalement, que la sécurité jugea qu’il y avait danger et arrêta la projection. Le public prit parti mais ne partit pas… Et, c’est dans la fièvre d’un certain samedi soir que l’on put continuer heureux la projection… Ce film commencé en 1980 fut terminé en 1986.
Il fut montré un bon nombre de fois en live concerts et, dès qu’il fut sonorisé, passa de nombreuses années dans sa boîte en fer blanc… Il retrouve à nouveau sa liberté en cette fin et début de siècle. »
Pierre Clémenti, 1999

> Voir toutes les séances du cycle « Pierre Clémenti, l’ange noir du cinéma » au Videdrome 2

 

:: Les tarifs des projections cinéma

5€ la séance sans adhésion
4€ la séance avec adhésion
2€ pour les moins de 14 ans
2€ pour les séances jeune public

Adhésion annuelle à l’association : à partir de 5€
La carte 10 séances + adhésion annuelle : 40€

Ouverture de la billetterie 30 minutes avant le début de chaque séance

 

> Voir toutes les séances cinéma

 

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