Pierre Clémenti, l’ange noir du cinéma #1 :: Samedi 16 avril à partir de 16h

« C’est comme ça que je suis devenu acteur : j’ai rencontré un inconnu. » Cet inconnu était Jean-Pierre Kalfon. L’atmosphère était à la liberté, la création. Le temps appartenait aux poètes, aux illuminés et aux philosophes dans les rue de Saint-Germain-des-Près. L’oeuvre de Pierre Clémenti en tant que réalisateur est un témoignage vibrant de cette époque et entremêlent puissamment les images de sa vie et de son parcours en tant qu’acteur. Pierre Clémenti était de ceux qui croient dur comme fer qu’en chaque homme réside un créateur et incarne encore aujourd’hui les aventures de la liberté cinématographique des années 60 et 70.

 

Samedi 16 avril à partir de 16h
Videodrome 2, 49 Cours Julien, 13006 Marseille
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Pass week-end (valable pour un week-end) : 15 euros

Séances accompagnées par Francis Lecomte, Luna Park Films

 

Marcel Duchamp en 1961 déclara que l’artiste de demain « will go underground »
La liberté cinématographique qui traverse les années pré-68 est celle de faire de l’art un geste de vie, une expérience purement et simplement, de changer les conditions de production et de diffusion, de se jouer du passé tout en le subvertissant. Face à la culture officielle, c’est la naissance en France du cinéma underground, d’une contre-culture peu connue mais vibrante, influencée par les Etats-Unis.


Au printemps 1967, lors du tournage d’Homéo, Etienne O’Leary projette son film Day Tripper, précédé de Heads and Tales de son ami Francis Conrad. Peu de temps auparavant, Pierre Clémenti découvre subjugué Day Tripper et quelques bobines d’Homéo de son ami. Touché, fasciné, il tourne quelques temps plus tard Visa de Censure nr X qui est donné comme fini une première fois en 1967. Avec ses premiers cachets, il s’est en effet acheté une Beaulieu.
Homéo, Visa de Censure nr X et Heads and Tales sont nés dans l’esprit d’une époque où les affinités électives ont rassemblé pour un temps des voix talentueuses qui sentirent en elles la force de hisser le monde plus près d’une liberté trop brûlante.

Cette journée est la première d’un temps consacré à Pierre Clémenti. Elle débute sur des oeuvres rares et précieuses qui marquent l’entrée en scène ce qui peut être considéré comme une nouvelle ère pour le cinéma expérimental ou souterrain.

« Lorsqu’ils (les gens) commenceront à tourner avec leur propre caméra, à filmer leur propre famille, leur maison, leur travail, quelque chose alors se passera ; ils découvriront que ce n’est pas ainsi au cinéma. (…) Quand des gens voient un film underground, ils comprennent qu’ils peuvent faire aussi bien, voire mieux, ce qui les incite à acheter une petite caméra. Je pense que les caméras Super 8 ou 16mm leur permettent de réaliser tous les films qu’ils désirent et, ne serait-ce que pour cette raison, le cinéma underground est révolutionnaire. Le cinéma underground est positif en ce sens qu’il libère, qu’il déclenche quelque chose dans la conscience humaine.»
Pierre Clémenti, lors d’un table ronde en 1970 à Rome avec Glauber Rocha, Jean-Marie Straub et Miklos Jancso

 

:: 16h – entrée à prix libre
Visa de censure nr° X
Pierre Clémenti – 1976, France, 43 min

« Rencontre de l’image et des pulsions psychédéliques colorées de cette époque acidulée… Désir de retrouver le chant des origines, images qui s’inscrivent jusqu’à nous comme un double et qui nous font signe.
La jeunesse de ce film (1967) fut les émotions, les événements, les réflexions, le déroulement du temps… Pour le montage, une sélection de scènes sur plusieurs années, comme le vieux vin, fragmentée de nouvelles inventions, de découvertes, de rythmes nouveaux donna à ce premier film toute l’innocence et la joie de redécouvrir intact le mystère du cinématographe »
Pierre Clémenti

Ce film est un « album de famille » aux images psychédéliques, sensuel, fait de passion et d’impressions recueillies au fil du temps. Etienne O’Leary y apparaît à plusieurs reprises.

 

:: 18h
Heads and Tales
Francis Conrad – 1967, France, 20 min

Tombé dans l’oubli peu après le retour du réalisateur aux États-Unis en 1968, le film ne refera surface qu’en 2014, lors de la 16e édition du Festival des Cinémas Différents et Expérimentaux de Paris.
Comme son ami Pierre Clémenti, Francis Conrad était très largement influencé par Etienne O’Leary et surtout par sa technique de montage en caméra. Mélange entre le journal filmé et le film psychédélique, Heads and Tales se compose comme une lettre envoyée à un ami du réalisateur, resté aux États-Unis.


Homéo

Etienne O’Leary – 1967, France, 38 min

Etienne O’Leary, d’origine canadienne, peut-être considéré comme l’un des premiers cinéastes « underground » (souterrain) français. Son travail, encore trop peu connu, a fortement influencé Pierre Clémenti.

Les trois films d‘Etienne O’Leary, trop tôt victime des vertiges acidulés des années 70,  ont été montés par Jackie Raynal, personnalité du groupe Zanzibar ( mot découvert dans un poème de Rimbaud) qui dans l’effervescence de pré-68, a été un laboratoire de création cinématographique, picturale et musicale autour de Philippe Garrel, Pierre Clémenti, Bernadette Lafont, Serge Bard… Les préoccupations de l’époque animaient les membres de la « Bande de la Coupole » : l’ésotérisme, l’érotisme, la révolution situationniste, l’antipsychiatrie et Antonin Artaud.

« Il est pour moi la recherche d’un langage cinématographique autonome, qui ne doive rien au récit ordinaire, sinon tout. Le cinéma fait avant tout partie d’une manière de vivre qui s’affirmera de plus en plus dans les années ou le siècle à venir. Nous faisons partie de ce changement, et c’est pourquoi j’ai cherché à établir dans Homéo une chaîne de changements perpétuels, en une constante évolution ou régression, qui cherche avant tout à faire le point (…). Homéo est une construction mentale à partir de la réalité visuelle, de même que la musique par rapport à la réalité auditive. »
Etienne O’leary

 

:: 21h
Les Idoles
Marc’O – 1968, France, 1h35
« L’idole est l’incarnation en un individu de l’aspiration à la réussite des autres qui n’y parviendront jamais. »

A l’occasion d’une conférence de presse-spectacle censée annoncer leur formation en trio, Gigi la folle, Charlie le surineur et Simon le magicien, stars de la chanson yéyé, racontent leurs parcours : succès programmés et  » résistible ascension « , flops, compromissions, obligations, mariages arrangés ; ils dénoncent leurs impressarios et se sabordent en public. Les idoles ont vécu.

 

Ce film trouve place d’une façon doublement importante dans le parcours de Pierre Clémenti : d’une part, il est la cristallisation en images, la trace de son parcours de comédien imprégné par la figure de Marc’O, grand accoucheur de talents. Auteur, metteur en scène, chercheur, considéré comme l’un des « pionniers des expériences transversales entre théâtre, musique et arts plastiques » (qui deviendra une des grandes figures de l’American Center), Marc’O fonde en 1960 le Centre de Théâtre et d’expérimentation sur le jeu de l’acteur qu’il dirige pendant 7 ans : Valérie Lagrange, Jacques Higelin, Marpessa Dzwn, Bulle Ogier, Michèle Moretti. Libérer le comédien du texte, einseigner  une approche viscérale de l’incarnation sur scène et à l’écran :
« La troupe de Marc’O, ce fut une arche et un voyage, cinq années de travail collectif, de dépassement, d’initiation et d’invention » Pierre Clémenti, Quelques messages personnels

 

Satire du monde du show-business, de la vague yé-yé, du système de récupération, Les Idoles a été un grand succès . Le film résonne aujourd’hui comme un manifeste auquel Pierre Clémenti se sera tenu toute sa vie dans son refus réitéré et obstiné de faire carrière, dans sa formidable capacité à écarter toute voie facile de réussite tout en jouant sous la direction des plus grands réalisateurs.

 

:: Les tarifs des projections cinéma

5€ la séance sans adhésion
4€ la séance avec adhésion
2€ pour les moins de 14 ans
2€ pour les séances jeune public

Adhésion annuelle à l’association : à partir de 5€
La carte 10 séances + adhésion annuelle : 40€

Ouverture de la billetterie 30 minutes avant le début de chaque séance

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