Le dernier film de Chantal Akerman :: Mercredi 24 février à 20h

Une grande voix du cinéma s’est tue mais demeure la persistance rétinienne de ses films. Parmi ceux-la nous vous proposons en exclusivité à Marseille son film posthume, No home movie.
« Parce que ce film est avant tout un film sur ma mère, ma mère qui n’est plus.
Sur cette femme arrivée en Belgique en 1938 fuyant la Pologne, les pogroms et les exactions. Cette femme qu’on ne voit que dans son appartement. Un appartement à Bruxelles. Un film sur le monde qui bouge et que ma mère ne voit pas. »

 

Mercredi 24 février à 20h
Videodrome 2, 49 Cours Julien, 13006 Marseille
> Voir le plan

 

No home movie
Chantal Akerman – 2016, Belgique, 1h 55
Laissons lui la parole  :

« Cela fait des années maintenant que je me suis mise à filmer un peu partout, dès que je sentais un plan. Sans but vraiment, mais avec le sentiment qu’un jour ces images feraient un film, ou une installation. Je me laissais juste aller, par désir et par instinct. Sans scénario, sans projet conscient.
De ces images sont nées 3 installations qui ont été montrées un peu partout (en Belgique au Film Festival des Arts, etc). Et j’ai continué à filmer. Moi-même. Seule. Ce printemps, avec Claire Atherton et Clémence Carré, j’ai rassemblé une vingtaine d’heures d’images et de sons sans toujours savoir où j’allais. Et nous avons commencé à sculpter dans la matière. Ces 20 heures sont devenues 8, puis 6, et puis au bout d’un certain temps 2.
Et là, on a vu, on a vu un film et je me suis dit : bien sûr, c’est ce film-là que je voulais faire. Sans me l’avouer. Et si j’avais dû me l’avouer, si j’en avais pris conscience, si j’en avais fait un projet dès le départ, je ne l’aurais sans doute pas fait. J’aurais eu peur. Ou pas assez peur. Parce que ce film est avant tout un film sur ma mère, ma mère qui n’est plus. Sur cette femme arrivée en Belgique en 1938 fuyant la Pologne, les pogroms et les exactions. Cette femme qu’on ne verra que dans son appartement et uniquement là. Un appartement à Bruxelles. Une mère tout le temps quittée et retrouvée après de longs voyages par l’une ou l’autre de ses filles, ma sœur et moi. C’est donc un film sur ma mère, mais pas seulement. Entre les plans, les moments passés avec elle, il y a les moments au loin, dans des terres parfois arides. Et à chaque fois on la retrouve.
À chaque fois, un peu moins bien. Jusqu’à ce qu’elle n’arrive presque plus à nous parler, s’endormant entre chaque phrase. Et pourtant, il ne faut pas qu’elle s’endorme. Le médecin nous l’a dit : ne pas la laisser s’endormir. Alors, ma sœur et moi, on essaie de la tenir éveillée dans une scène absolument déchirante. On l’appelle maman, maman, maman. Elle est sourde. Pourtant, elle nous entend quand même. Après cela, une fois de plus on la quitte, on voit des déserts, on entend le vent. Et puis, je me retrouve dans l’appartement. Dans une petite pièce, je noue les lacets de mes chaussures, je rejette mes cheveux en arrière. Je ferme les rideaux. Ce plan est suivi par un autre qui sera le dernier. Un plan qu’on a déjà vu. Un plan fixe. Vers la cuisine, vers sa chambre à coucher.
Mais, il n’y a plus personne dans cet appartement. Ce film est un film sur le monde qui bouge et que ma mère ne voit pas, elle qui ne bouge presque plus de son appartement.
Et pourtant, le monde du dehors est bien là, il s’insinue entre les plans de l’appartement, comme la touche jaune d’un tableau qui fait exister tout le reste de la toile. C’est aussi un film d’amour, un film sur la perte, parfois drôle, parfois terrible. Mais, avec un regard qui garde une juste distance, je pense. Un film où se fait une transmission, discrètement, presque l’air de rien, sans pathos, dans une cuisine de Bruxelles. Bien sûr, c’est un film brut, comme on parle d’art brut. Il ne faut surtout pas rendre lisse. Il en perdrait de sa force. Le film est parfois maladroit, mais ici, la maladresse est un plus. Le film vagabonde sans qu’on sache vraiment où il va. Et pourtant il ne peut nous mener qu’à une seule chose, la mort. La mort de la mère, on ne la verra jamais. Seul l’appartement, désormais vide, en parle en silence. Le film commence par un arbre secoué par un vent violent. Ça dure un temps infini. Je l’ai senti comme ça, fixe, comme un commencement. Un plan fixe, mais rempli de mouvement, bruyant, très bruyant. Il semble ne vouloir jamais s’arrêter et pourtant il s’arrête. Un plan sans soleil, avec une lumière grise, étale, sans contraste, une lumière beige. Il est suivi par un plan ensoleillé dans un parc à Bruxelles, tourné sans doute au printemps quand le vert de la pelouse brille tant qu’il pourrait vous éblouir. À l’avant plan, il y a un vieil homme, de dos, assis sur un des bancs. Il fallait ce vert après tout ce sable, il fallait ce calme après la tempête. C’est ainsi que le film a été monté, les plans ne sont pas là pour donner des informations, mais ils travaillent dans «l’affect», dans ce qui se passe dans le corps du spectateur. La narration avance à petits pas, un peu comme on entre dans cet appartement de Bruxelles où une femme marche avec la grâce fragile de celle qui doit garder un équilibre précaire. Une femme qui ne se laisse pas aller… »
Chantal Akerman

> Voir la séance du mardi 23 février : « Les premiers films de Chantal Akerman »

 

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