Mondes Chantés : sélection thématique au vidéoclub


Dans Dancer in the Dark (2000), Björk entonne un air dans sa cellule. La même année, dans le film éponyme, Billy Elliot pianote les premières notes de ce même morceau. Il s’agit de My favourite things, dont John Coltrane fit un standard du jazz à partir des sixties, et dont les reprises dans tous les styles musicaux sont innombrables jusqu’à aujourd’hui. Cet air, nous le devons cependant à un spectacle créé pour la scène en 1959, à Broadway, The sound of music, qui sera adapté au cinéma par Robert Wise avec La mélodie du bonheur.

My favourite things, en plus de traverser la majeure partie de l’histoire de ce que l’on nomme la comédie musicale, semble aussi en cristalliser l’état d’esprit. Les textes ne sont ni plus ni moins que l’énumération (non sans une certaine naïveté) de tous ces petits riens que l’on savoure, et dont la remembrance peut nous aider à affronter les moments difficiles : « …I simply remember my favorite things, and then I don’t feel so bad. »

L’esprit bon enfant et parfois niais de ces films est certainement la cause d’une forme de rejet de la part des cinéphiles pour un genre considéré comme peu noble, mais il faut comprendre que la comédie musicale cherche à « affirmer le chant, la danse et l’énergie, contre les forces de la dépression et les coups du sort » (Michel Chion) et tend à se rapprocher de son exact opposé, le mélodrame. A partir des années 70, ce rapprochement s’illustrera en de parfaits exemples de drames musicaux, de Cabaret (Bob Fosse, 1972) à Dancer in the dark (Lars Von Trier, 2000).

La comédie musicale se définit par les multiples occurrences de séquences où la musique, le chant et la danse prennent le pas sur la parole et les gestes « normaux », et les transitions naturelles entre un monde réaliste et un monde chanté, où les rapports qui lient son et image s’inversent : le son n’est plus subordonné à ce que l’on voit, mais dicte à l’image ses caractéristiques. Paradoxalement, ces films musicaux développent un art visuel, et permettent par fulgurances de libérer l’image de son rôle illustratif, de la délier de la narration et des dialogues. Lorsque l’action est suspendue de la sorte, le montage se fait rythme, les mouvements de caméra se muent en pure chorégraphie, et les décors ne sont plus qu’un objet de contemplation…

Certains des films de la sélection ne sont volontairement pas des comédies musicales au sens strict, mais constituent des exemples étonnants de réappropriation du genre.

> Pour louer des films au vidéoclub


:: Mondes Chantés

La mélodie du bonheur – Robert Wise
Dancer in the dark – Lars Von Trier
Brigadoon – Vincente Minnelli
Coup de cœur – Francis Ford Coppola
Les demoiselles de Rochefort – Jacques Demy
Le rock du bagne – Richard Thorpe
La pluie qui chante – Richard Whorf
Lagaan – Ashutosh Gowariker
L’étrange noël de Mr Jack – Henry Selick
West side story – Robert Wise
Phantom of the paradise – Brian De Palma
American graffiti – Georges Lucas
Devdas – Sanjay Leela Bhansal
Le bal – Ettore Scola
The hole – Tsai Ming-Liang
Golden eighties – Chantal Akerman
Tommy – Ken Russell

> Voir le catalogue « Mondes Chantés »

 

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