Les films de Jean Rouch aux éditions Montparnasse

Jean Rouch est né à Paris en 1917, mort au Niger en 2004. Ingénieur des ponts et chaussées, il se trouve à construire des routes au Niger en 1941, tout jeune homme. Combien de cadres blancs sont-ils allés travailler dans les colonies ? Comment, dans ces circonstances-là, et à cette période-là, un chef de chantier appartenant à l’élite française, a-t-il pu s’arracher au déterminisme social et historique pour se questionner sur l’Autre, l’Homme noir, pour vouloir le rencontrer, pour rapprocher ces humanités que tout opposait, celle du blanc et du noir, celle du colon et du colonisé, celle du riche et du pauvre ?
Le pourquoi de cette question tient à la qualité de l’humanité de Rouch, qui irradie tous ses films. Le comment, comment a-t-il fait pour se lier et mettre en jeu son humanité au contact et en présence du monde africain, ce fut le cinéma.

Rouch a fait des films pour rencontrer l’autre, pas pour le décrire comme un entomologiste décrirait une fourmilière (comme certains aveugles ont pu le penser), mais pour mettre en jeu cette rencontre, pour dire simultanément ce qu’il en est de lui, ce qu’il en est de moi, ce qu’il en est de lui et moi.  Avec trois francs et six sous, en 16mm, en Super 8, sans son synchrone parfois, tourné-monté, c’est de liberté et d’amour que le cinéma de Rouch parle : la belle liberté de l’amour. Sans omettre que Rouch était un blagueur, ce qui fait que devant ces films, on rit.

Son premier film, Au pays des mages noirs, était diffusé en première partie de Stromboli, de Rossellini. Cette séance-là a ouvert le chemin de tout le cinéma « moderne » de l’après-guerre.

Chargé de recherche par le Musée de l’Homme, tel était le beau métier de Jean Rouch.

Nous disposons dans nos bacs de nombreux coffrets, regroupant des œuvres de Jean Rouch.

Sans distinguer des films parmi d’autres, nous signalons ici deux films particulièrement :

 

:: Chronique d’un été, France, 1961

Co-réalisé avec Edgar Morin, ce film est un parcours en France, en 1960, à la recherche de réponses à des questions simples, posées le plus souvent à des jeunes gens de provenances variées. « Êtes-vous heureux ? » est la première question. L’argument semble presque trivial : comment construire un film à partir d’un champ aussi vaste, qui ne soit pas un fourre-tout insipide ?
Le résultat tient du miracle.

 

 

 

:: Madame l’eau, France, 1992

Ils étaient quatre amis, joyeux pieds-nickelés : Damouré, Lam, Rouch et Tallou. Trois d’entre eux se sont mis en scène (Jaguar, Petit à petit, Cocorico, Monsieur Poulet) sous l’acronyme Dalarou.
Ici, Dalarouta, avec des jeunes hollandais, veulent construire des moulins à eau, car la sécheresse règne au Niger. Ils étudient, construisent. C’est absolument jubilatoire de voir ces hommes, plus si jeunes, rire et travailler à cette chose aussi essentielle que de lutter contre le manque d’eau. On a le sentiment net en regardant le film d’être complice d’un beau détournement de fonds : comment l’argent dédié à la « création audiovisuelle » permet à la fois de faire exister un film, et surtout des moulins à eau.

Dans le bonus du DVD, il y a une magnifique leçon de technique cinématographique : comment faire un travelling ?

 

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