La bande à Bonan, séance proposée par Luna Park Films :: Mardi 16 février à 20h


Jean-Denis Bonan (né à Tunis en 1942), réalise à la veille de mai 68 plusieurs fictions étranges et déroutantes, vouées à une obscurité quasi absolue pendant près de 50  ans. Deux de ces films inédits, réunis en un seul programme (La Femme bourreau précédé de Tristesse des anthropophages), sont sortis en salles le 11 mars 2015, Luna Park Films vous propose de les découvrir enfin, à Marseille.

 

Mardi 16 février à 20h
Videodrome 2, 49 Cours Julien, 13006 Marseille
> Voir le plan

Séance en présence de Francis Lecomte (producteur, distributeur, éditeur)

 

En Marge
Francis Lecomte – 2015, France, 37 min

Jean-Denis Bonan parle longuement de la réalisation de ses films maudits.
Premières œuvres, Jean Rollin, censure de Tristesse des anthropophages, le cinéma militant au sein de l’ARC, tournage de La Femme bourreau en plein mai 68…
Autres intervenants : Gérard de Battista, Mireille Abramovici, Daniel Laloux et Jackie Raynal

 

Tristesse des anthropophages
Jean-Denis Bonan – 1966, France, 23 min
Dans un monde où tout est interdit sauf ce qui est obligatoire, un homme qui travaille dans un bien étrange fast-food, se souvient de sa vie.
Cette farce irrévérencieuse fut totalement interdite par la censure en 1967 (interdiction levée en 2014).
Avec Bernard Letrou, Nicole Romain, Alain-Yves Beaujour, Jean-Denis Bonan, Catherine Deville, Bernard Egypte, Aguigui Mouna, Jean Rollin

Bravant l’interdiction, le cinéaste et écrivain de cinéma Ado Kyrou projette clandestinement Tristesse des anthropophages à de nombreuses reprises dès 1967. En mai 1968, le court métrage est projeté en permanence au cinéma Les 3 Luxembourg occupé par un groupe d’étudiants contestataires. Ironie de l’histoire, la notoriété souterraine du film censuré permet à Jean-Denis Bonan (à peine plus âgé que ses futurs élèves) d’enseigner à l’IDHEC puis d’être nommé responsable du département montage de cette grande école.

 

La Chevelure
Ado Kyrou – 1960, France, 17 min

Un homme entre en possession d’une chevelure féminine, d’une grande beauté. Il en  devient obsédé, jusqu’à la folie.
Adaptation d’une nouvelle fantastique de Guy de Maupassant.
Interprétation : Michel Piccoli

 

Le Retour de la fille du dragon
Daniel Isoppo – 1970, France, 27 min
Libre évocation de Fu Manchu. Hommage aux sérials et au ciné-roman par un étudiant en cinéma de l’IDHEC (où J-D Bonan était alors responsable du département montage).

 

 

 

 

:: Jean-Denis Bonan : La mauvaise réputation

En 1966, alors qu’il travaille comme monteur image aux Actualités Françaises où il nourrit d’autres ambitions, Jean-Denis Bonan produit et réalise en quatre jours son premier court métrage professionnel : Tristesse des anthropophages. Le film, une farce politique et sociale à caractère surréaliste, est remarqué par certains producteurs. Cette première œuvre – cadrée et photographiée par Gérard de Battista âgé de 19 ans – permet à Bonan de décrocher un contrat pour la production d’un long métrage intitulé Bohran s’arrête. En janvier 1967, et contre toute attente, la Commission de censure interdit Tristesse des anthropophages à tout public et à l’exportation pour “scènes érotiques extrêmement poussées et dialogues scatologiques et obscènes”. Outrepassant ses droits, l’administration interdit même au cinéaste les projections privées de son film. Le producteur abandonne le projet Bohran s’arrête du jeune auteur désormais classé “à très haut risque”. Dès lors pour lui, les portes des professionnels de la profession se ferment, les scénarii soumis au CNC sont systématiquement rejetés, sans plus d’explication. Le cinéaste persévère, produit (sur ses fonds) et réalise en marge du système deux autres courts métrages en 1967, puis un long métrage l’année suivante (en mai 68 à Paris !) : La Femme bourreau. Sa mauvaise réputation – alliée à un style et à des sujets inclassables – font qu’aucun de ses films n’est exploité commercialement. Parallèlement, Jean-Denis Bonan, membre fondateur de l’A.R.C (Atelier de Recherche Cinématographique) dès 1967, mène une activité de cinéaste militant au sein de ce collectif à l’origine de beaucoup de films sur mai 1968. En 1972, il fonde le collectif Cinélutte qui, entre autres, présente à Cannes en 1976 Bonne chance la France, programme regroupant trois moyens métrages sur les luttes sociales. Exclu du cinéma commercial, Jean-Denis Bonan réalise, de 1979 à 2007, une soixantaine de films pour la télévision, principalement documentaires.

 

:: La sphère des copains de 1958 jusqu’en 1968
dans l’ordre chronologique des rencontres

Alain Yves Beaujour
« Je l’ai connu au Lycée Condorcet de Paris, lui et moi nous nous faisions remarquer par nos absences répétées. Nous nous sommes retrouvés, plus tard, sur le tournage de Les pays loin de Jean Rollin. Alain Yves sait tout faire et il le fait bien : écrivain de talent, plasticien à ses heures, cinéaste inventif. Ses romans et nouvelles restent à redécouvrir. Dans Tristesse des anthropophages, il a été comédien et un excellent assistant, c’est lui qui a monté les musiques du film. Pour La femme bourreau, il interprète le confesseur qui ouvre le film. »

Gilbert Gibdouny
« Je l’ai connu au lycée Condorcet de Paris et plus tard à Orange où nous faisions nos classes dans le cadre du service militaire. Il fait d’épatantes photos, il écrit aussi. Il a été photographe de plateau des premiers films de Jean Rollin et aussi de Tristesse des anthropophages, Matthieu fou et La femme bourreau. »

Bernard Letrou
« Nous étions comme deux frères ou plutôt comme Laurel et Hardy. Nous nous sommes connus dans une école de cinéma privée où échouaient les cancres dont nul institut ne voulait. Il joue dans La vie brève de Monsieur Meucieu, il tient le premier rôle dans Tristesse des anthropophages et il est le commentateur (en voix off) de La femme bourreau. Il a joué dans Le viol du vampire de Jean Rollin. C’était un véritable génie. Il dessinait, il écrivait magnifiquement. Sous le nom de Emmanuel Llane, il a publié chez Pauvert un recueil de poésies inoubliable. »

Pierre Bachelet
« Il était avec Bernard Letrou mon meilleur ami dans cette école de cinéma. Il a été l’assistant de La vie brève de Monsieur Meucieu. Il devint le chanteur et le musicien qu’on connaît. »

Marco Pauly
« Nous avons été complices sur des tas de projets. J’ai monté son premier court métrage et il m’a assisté sur le tournage de La femme bourreau. Il a réalisé un certain nombre de films dont on retient surtout la vivacité (c’est une grande qualité). Nous fréquentions certaines personnalités qui travaillaient à la clinique La Borde, et, en particulier, Jean-Claude Pollack, Fernand Deligny et Félix Guattari. Certains d’entre nous sympathisaient avec les maoïstes ou avec les trotskistes, mais, en réalité, l’esprit libertaire soufflait en nous. »

Jean Rollin
« Il était monteur son aux Actualités Françaises, j’étais monteur image, lui et moi nous formions deux parallèles dans la même pellicule  : l’image et le son. Je l’ai assisté pour  Les pays loin, il m’a aidé à produire Tristesse des anthropophages. J’ai monté Le viol du vampire. Il joue dans Tristesse des anthropophages et apparaît dans La femme bourreau. »

Nicolas Deville
« De copains en copains, je tombais en arrêt devant le travail de Nicolas Deville, un dessinateur impeccable qui m’adopta aussitôt. À cette époque, il traçait les premières planches de Saga de Xam dont le scénario avait été écrit par Jean Rollin. Nicolas me fit une place sur sa table de dessin pour que je puisse, près de lui, gribouiller les traits de mon album dessiné Vie et mort de Ballao. Le soir, avec Catherine Deville, Solange Pradel, Alain-Yves Beaujour, c’était la fête, les filles étaient jolies et la drogue commençait à fleurir parmi nous. Moi, je ne goûtais à aucune drogue ce qui fit dire à Nicolas  : «  évidemment, toi, tu planes sans rien humer  ». Nicolas a dessiné le générique de fin de Tristesse des anthropophages dans lequel il joue l’homme à la seringue. »

Daniel Laloux
« Il est sans doute le plus drôle de mes amis, son invention est en perpétuelle révolution. Il a écrit et chanté les chansons de Tristesse des anthropophages et de La femme bourreau. Nous avons écrit plusieurs scénarii de films ensemble, mais notre fantaisie ne plaît pas toujours. »

Gérard de Battista
« Il était le chef opérateur des Pays loin de Jean Rollin dont j’étais le collaborateur. âgé de 18 ans, Gérard était déjà un virtuose de la caméra. Aussitôt séduit, je lui ai demandé d’assurer la direction de la photo sur Tristesse des anthropophages, puis sur La femme bourreau. Gérard s’est fait tout seul, son sens de l’humour, son étonnante érudition et son regard est incomparable (à mes yeux du moins). »

Mireille Abramovici
« Je l’ai connu en 1966, au moment même où m’était signifiée l’interdiction de Tristesse des anthropophages. Mireille a été l’assistante, la scripte et la monteuse de La femme bourreau. Elle est restée une indispensable collaboratrice. Elle est une monteuse de films documentaires de renom. Elle a signé la réalisation d’un superbe film Dor de tine et elle a écrit un récit remarquable À l’encre rouge. »

Philippe Joyeux
« Programmateur du cinéma L’Arc en ciel Boucicault, aujourd’hui détruit.  Malgré l’interdiction de Tristesse des anthropophages, il diffusait le film à tout bout de champ. Nous étions tous les deux touchés par l’esprit du surréalisme. Il touchait à tout avec bonheur, il devint même luthier. »

Ado Kyrou
« Homme d’une grande tendresse, cinéaste passionné, nous avions élaboré mille et un projets qui sont restés dans nos rêves. Il faut oser se tromper, c’était notre devise. Quant à moi, je me suis beaucoup trompé. »

Jean-Noël Delamarre
« Réalisateur empli de fantaisie, il a été aussi le faiseur de générique de nombreux films. Par la suite, j’ai produit certaines de ses réalisations. Il est par ailleurs un peintre de talent. Quand Jean Rollin était malade, c’est lui qui assurait la mise en scène. »

Marguerite Duras
« Je l’apercevais de temps à autre, elle voulait absolument que je devienne écrivain. Elle n’a jamais voulu voir mes films, «  je suis certaine que j’en serai dérangée  » disait-elle. »

Claude Chabrol
« On ne se parlait que par des aphorismes que nous improvisions, nous n’étions pas vraiment amis, mais nous amusions ensemble. De Tristesse des anthropophages, il disait  «  quelle joyeuse tristesse  !  » »

Bernard Vitet
« Je l’ai connu par François Tusques, (Tusques est cet inventeur musicien extraordinaire avec qui je travaillerai souvent). Bernard jouait de la trompette et ses sons semblaient des couteaux dans l’air, une déchirure. Ainsi, je lui ai demandé de faire la musique de La femme bourreau. Il avait cette violente liberté communicative. Au lieu de se fâcher à cause des sons que je rajoutais à sa musique, il en était ravi. Nos autres projets n’ont pas pu aboutir faute de financement. »

Jacques Kébadian, Michel Andrieu, Renan Pollès, Jean-Michel Humeau
« En 1967, nous avions fondé le groupe ARC réunis pour réaliser des films contre la société capitaliste. Nous avons été les principaux filmeurs de Mai 68. Nous sommes restés fidèles à nos idées et à notre amitié. »

Claude Merlin
« Il était comédien chez Ariane Mnouchkine au Théâtre du Soleil. Il est un parfait comédien, d’une riche intelligence. Il est surtout devenu metteur en scène et, grâce à lui, quelques auteurs méconnus ont pu apparaître sous la lumière. Il est le héros de La femme bourreau et tient le premier rôle masculin de mon film en cours Les tueurs d’ordinaire. »

Anatole Dauman
« « Je préfère qu’on ne devienne pas des copains, mais je veux être l’ami de vos films, ça vous va  ?  », ça m’allait parfaitement. C’était un grand producteur ; durant un an, il a tout fait pour donner vie à mon film La femme bourreau, mais il se heurtait aux distributeurs qui ne savaient quelle étiquette coller sur mon travail. »

Jean Rouch
« Une sorte de père pour moi, il m’a surtout aidé en 1968, lorsqu’il était au Musée de l’Homme. J’ai bénéficié de son amitié et aussi des infrastructures techniques qu’il mettait à ma disposition. »

Jean-Luc Godard
« Pas un ami, mais une idole d’une grande générosité, il m’a prêté ses salles de montage en 1968. Pour notre groupe ARC,  il a versé beaucoup d’argent en échange de quelques plans. On ne se parlait pas beaucoup, on s’observait.  «  Tu n’écris jamais  ?  »  me disait-il, décidément les amis que j’ai pu croiser me voyaient écrivain… »

Pierre-André Boutang
« En juin 1968, j’achevais le tournage de La femme bourreau, quand, dans une salle de montage, je tombe nez à nez sur Pierre-André Boutang. Nous étions extrêmement différents l’un de l’autre et parfois opposés dans nos idées et pourtant, notre collaboration a duré jusqu’à la fin. Pierre-André pouvait élaborer trente projets simultanément, sans jamais se couper avec cette vivacité que je n’ai jamais rencontrée par ailleurs. C’est un monument et certainement l’homme le plus intelligent qui a hanté la télévision. »

« En fait ce qui relient tous ces amis, si différents les uns des autres, c’est notre fiction, une fiction commune, celle de rendre la vie acceptable follement. » Jean-Denis Bonan

 

:: Le partenaire de programmation

Créé en 2014, Luna Park Films est une structure de production, de distribution et d’édition de films indépendants, basée à Toulon (83).

> Voir toutes les séances proposées par Luna Park Films au Videodrome 2

 

Édité par Luna Park Films, le DVD La Femme Bourreau (Les films maudits de Jean-Denis Bonan) est dans les bacs depuis le 18 novembre 2015. C’est le premier opus d’une collection DVD consacrée à des raretés (et inédits) du cinéma français des années 60. Il est disponible dans la librairie de Videodrome 2.

 

 

 

 

:: Les tarifs des projections cinéma

5€ la séance sans adhésion
4€ la séance avec adhésion
2€ pour les moins de 14 ans
2€ pour les séances jeune public

Adhésion annuelle à l’association : à partir de 5€
La carte 10 séances + adhésion annuelle : 40€

Ouverture de la billetterie 30 minutes avant le début de chaque séance

 

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