L’homosexualité se représente :: Dimanche 17 janvier à 18h


1961, dans ce drame en noir et blanc hollywoodien, La Rumeur, William Wyler aborde frontalement la question de l’homosexualité féminine portée par deux actrices de taille : Shirley MacLaine et Audrey Hepburn. Sujet encore tabou. Sujet scandaleux et précurseur des luttes pour les droits et la reconnaissance des homosexuels qui jalonnent les 60’s et 70’s. Les zones d’ombres de la morale puritaine américaine sont fouillées à la lumière d’un véritable playdoyer contre l’intolérance qui saisit encore dans sa contemporanéité et qui dépasse le pur sujet de l’homosexualité, dont la représentation ici véhiculée, aura bien heureusement évolué.

 

Dimanche 17 janvier à 18h
Videodrome 2, 49 Cours Julien, 13006 Marseille
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Séance en présence de Didier Roth Bettoni (journaliste et critique de cinéma)
En partenariat avec le cinéma Le Gyptis.

 

Longtemps censurée, la thématique de l’homosexualité n’a été vraiment développée au cinéma qu’à partir des 60’s, accompagnant les luttes associées pour les droits et la reconnaissance des homosexuels. Le cinéma est un vecteur puissant de représentations sociales qui façonnent notre appréhension des autres et qui en déjouent également les constructions sédimentées et banalisées.
Conçu en 1981, le feuilleton Dynastie pour la première fois en effet, un spectacle télévisé destiné à un public familial place au premier rang des protagonistes un personnage homosexuel. Diffusé en France entre 1984 et 1985, le coming-out de Steven Carrington dans Dynastie subit une traduction quelque peu déformée : dans la traduction française, il n’est non pas gay mais…malade.
Cette anecdote criante met en exergue la problématique de la représentation de l’homosexualité que cette programmation tente d’approcher, en partenariat avec le cinéma Le Gyptis et avec la présence de Didier Roth Bettoni, spécialiste de la question.

 

Avant j’étais triste
Jean-Gabriel Périot – 2002, France, 2 min

 

La rumeur
William Wyler – 1961, États-Unis, 1h48, VOstFR

Dans une petite ville de province, deux amies Karen Wright et Martha Dobie dirigent une institution pour jeunes filles, aidées par Lily, la tante de Martha, une ancienne actrice excentrique. Fiancée au médecin Joe Cardin, Karen a du mal à s’engager et à laisser à Martha la direction de l’école. Mary, une élève insolente et menteuse, alors qu’elle a été punie, lance la rumeur que les deux professeurs ont une relation « contre-nature ». Elle commence par le raconter à sa grand-mère…

« Inspirée d’un fait divers du XIXe siècle qui nous vient tout droit du pays du kilt, la pièce de Lillian Hellman, The Children’s Hour, fut d’abord interdite avant d’être jouée avec succès à Broadway en 1934. Séduit par ce texte sulfureux et dramatiquement intense, William Wyler tente une première adaptation sur grand écran en 1936, adaptation sans grand intérêt car complètement édulcorée par le code Hays, la haute autorité de censure d’Hollywood. Exit donc, les révélations finales de Martha qui n’est plus amoureuse de Karen mais du docteur. Wyler fut même obligé d’abandonner le titre original de la pièce pour rebaptiser son film Ils étaient trois. D’autres pièces de théâtre pâtirent également de cette censure. On pense notamment à La Chatte sur un toit brûlant de Tennessee Williams adapté par Richard Brooks et complètement amputé de son sous-texte homosexuel. Une aberration ! On comprend donc que Wyler qui, avec la Palme d’or pour La Loi du Seigneur et les 11 oscars de Ben Hur, s’est assuré une place confortable à Hollywood, cherche à faire un remake plus fidèle de The Children’s Hour.
(…)
La Rumeur est donc l’un des premiers films hollywoodien à aborder ouvertement l’homosexualité féminine, aidé par deux actrices grand public dont la renommée n’est plus à faire (Audrey Hepburn vient de tourner dans Diamants sur canapé, Shirley MacLaine dans La Garçonnière) . Évidemment, le film n’échappe pas aux poncifs qui feront bondir les lipsticks girls adeptes d’un L Word aussi sucré qu’un épisode de Sex and the City. La relation entre Audrey Hepburn et Shirley MacLaine n’échappe pas au puritanisme ambiant qui veut que l’homosexualité soit « contre-nature », déviante. La seule issue proposée à la femme pécheresse est le suicide. Dans le film de Wyler, le mot « homosexualité » n’est d’ailleurs jamais proposé, les personnages préférant user de périphrases ou d’un silence lourd de sous-entendus.
Quelques années après sa sortie, Shirley MacLaine présentait ainsi La Rumeur [2] : « Quand on a fait ce film, l’homosexualité n’était pas un sujet de conversation. Il s’agissait des accusations d’une enfant. Cela aurait pu être n’importe quoi. Nous n’étions pas conscients de ce que nous faisions, nous étions des pionniers involontaires, nous ne mesurions pas la portée de ce que nous faisions. » Si l’homosexualité est bien le noyau dramatique du film et nous vaut une sublime scène « d’aveu » de Shirley MacLaine (« Je suis coupable » commence-t-elle au bord des larmes), la véritable réussite de La Rumeur tient dans la manière dont le film joue du principe d’inversion pour pervertir le puritanisme hypocrite de la société provinciale qui nous est décrite.  » Nicolas Maille pour Critikat – 2009 > Lire la critique en entier

 

Didier Roth Bettoni :
Né en 1967, Didier Roth-Bettoni a été durant vingt ans journaliste à la fois dans la presse culturelle et cinéma (Première, Phosphore…) et dans la presse gay, dirigeant en particulier les rédactions de Illico et Ex æquo. En 2008 et 2009, il a été à la tête de Chéries-Chéris, le festival de films LGBT de Paris. Il est l’auteur de nombreux ouvrages dont L’Homosexualité au cinéma (La Musardine, 2007), Le Cinéma français et l’homosexualité (Danger Public, 2009), L’Homosexualité aujourd’hui (Milan, 2008), ou Sebastiane ou saint Jarman, cinéaste queer et martyr (ErosOnyx, 2013). Son dernier livre, Le Grand Livre des faits divers vient de sortir aux éditions Hors Collection.

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:: Les tarifs des projections cinéma

5€ la séance sans adhésion
4€ la séance avec adhésion
2€ pour les moins de 14 ans
2€ pour les séances jeune public

Adhésion annuelle à l’association : à partir de 5€

Ouverture de la billetterie 30 minutes avant le début de chaque séance

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