Le cinéma grec des années 60 :: Vendredi 8 janvier à 20h


Nous poursuivons notre découverte du cinéma grec des années 60 au travers quelques œuvres cinématographiques majeures ou moins connues. Cette séance sera particulièrement attentive à l’héritage de la Grèce antique sur le monde moderne, avec l’épisode 4 de la série de Chris Marker, L’héritage de la chouette : Nostalgie ou le Retour impossible et un grand succès populaire, Jamais le dimanche de Jules Dassin, rencontre comique entre un américain en quête de philosophie antique et la réalité des mœurs du pays.

 

Vendredi 8 janvier à 20h
Videodrome 2, 49 Cours Julien, 13006 Marseille
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Entrée en libre accès

Ouverture de la billetterie 30 minutes avant le début de chaque séance

 

L’héritage de la chouette : épisode 4 : Nostalgie ou le Retour impossible
Chris Marker – 1989, France, 26 min, VF
Dans cette mini série télé commandée à Chris Marker d’après une idée de Jean-Claude Carrière, Chris Marker décortique treize mots de racine grecque – un par épisode – pour connaître l’héritage de la Grèce antique sur le monde moderne. Des États-Unis au Japon, il a baladé sa caméra là où tout mot prend sens, il a rencontré des hellénistes, des philosophes, des logiciens, des hommes politiques, des artistes et a confronté leurs discours aux mémoires des cinémathèques.
Nous vous proposons de découvrir l’intégralité de cette série au fil des séances consacrées au cinéma grec.

:: Épisode 4 : Nostalgie ou le Retour impossible
En ouverture de cet épisode sur l’Odyssée, un film de 1911 de De Liguoro.
En quoi la Grèce moderne est-elle l’héritière de la Grèce ancienne ?
Il est ici question d’identité et de nostalgie pour la Grèce ancienne. Pour Angelopoulos, on donne des prénoms de la Grèce ancienne aux enfants d’aujourd’hui comme pour se rassurer, et la langue grecque fut, d’après lui, après l’occupation des Turcs, un véritable moteur pour réunir le peuple.
Vassilis Vassilikos reconnaît que l’ »on aime la Grèce quand on est loin, et la déteste quand on est dedans », s’avouant heureux de vivre à l’étranger pour s’imaginer la Grèce à sa manière.
Dans l’Odyssée d’Homère, Ithaque représenterait justement cette « patrie » lointaine que personne ne doit oublier… Alors qu’importe si cela nous emmène parfois à l’idéaliser.

 

Jamais le dimanche
Jules Dassin – 1960, Grèce, 1h37, VOstFR

Homer, touriste américain et « philosophe amateur », passionné par la Grèce ancienne et ses philosophes, arrive en Grèce à la recherche de la Vérité. Dans un bar à rebetiko du Pirée, il croise la route d’Ilya, une prostituée très populaire, libre et indépendante, qui « reçoit » chaque jour de la semaine, sauf le dimanche (ce jour-là est réservé aux amis et au théâtre – d’où le titre du film). Homer, nouveau Pygmalion, décide de faire son éducation et de la remettre dans le droit chemin.

:: A propos du film
Personne ne s’y attendait. A Broadway ce soir-là, le spectacle avait déjà commencé, lorsqu’elle a soudain cessé de jouer et s’est adressée au public : « Cette insouciance, cette joie de vivre : tout ce qu’évoque cette pièce vient de disparaître. Car depuis hier, la dictature règne dans le pays qui a donné naissance à la démocratie. » Puis, elle a repris sous un tonnerre d’applaudissements : une standing ovation improvisée pour saluer, non pas l’actrice, mais une femme grecque entrée en résistance.
A Athènes, la junte des colonels ne s’y est pas trompée : aussitôt après cette déclaration, Melina Mercouri sera déchue de sa nationalité. Le 21 avril 1969, une chape de plomb s’est abattue sur la Grèce. Mais aux États-Unis, la pièce Illya Darling va entretenir le souvenir de la liberté, d’un pays ensoleillé, où l’on peut boire et danser jusqu’à perdre conscience. Aujourd’hui, tout le monde a oublié la pièce. Moins le film dont elle s’inspire, du même réalisateur et avec la même actrice : Jamais le dimanche a connu un succès fabuleux, couronné du prix d’interprétation féminine à Cannes, en 1960, pour Melina Mercouri.

Plus qu’un film, c’est une histoire d’amour, ou plutôt deux. Celle, d’abord, entre le metteur en scène américain, Jules Dassin, et l’actrice grecque, Melina Mercouri. L’intello ténébreux et la blonde flamboyante se rencontrent en 1956, à Cannes. C’est le coup de foudre et deux divorces. Plutôt houleux pour lui, qui quitte une femme et trois enfants, dont le petit Joe, futur chanteur populaire. Plus facile pour elle, déjà séparée d’un riche mari, qui lui a surtout permis de s’émanciper d’une famille bourgeoise conservatrice et de devenir actrice.
Dans Jamais le dimanche, ils interprètent les deux rôles principaux : Melina est Illya, la prostituée qui choisit elle-même ses clients. Dassin, joue Homer Thrace, un Américain féru de culture antique qui débarque en Grèce et veut «sauver» Illya. Mais le film, qui se déroule au Pirée, reflète aussi une autre passion naissante : celle d’un cinéaste, originaire comme son personnage, Homer Thrace, de Middleton, Connecticut, qui va trouver en Grèce sa patrie d’adoption.

De la région du Pirée on retient surtout la chanson, les Enfants du Pirée, plus célèbre encore que le film (oscar de la meilleure musique en 1961). « Manos Chadzidakis, le compositeur, se mettait très en colère quand on lui parlait de ce succès. Pour lui, ce n’était qu’une chansonnette sans ambition », nous dit la romancière grecque Alki Zei. Une déclaration d’amour, un brin mélancolique, au Pirée, qui fut le plus célèbre port de l’Antiquité et reste le plus grand port d’Europe et un lieu de transit pour les touristes. Mais le Pirée d’aujourd’hui n’a rien à voir avec celui du film. A l’époque du tournage, la pauvreté était déjà une réalité. Quand il a cherché à recruter « de bons nageurs » pour la première scène du film, Dassin s’est retrouvé débordé par le nombre de candidats accrochés à l’espoir d’obtenir enfin un boulot.

Melina Mercouri a par la suite été la plus grande star du cinéma grec et deviendra une ministre de la Culture très active en 1981. « Elle a incarné l’audace et la liberté. Elle ressemblait beaucoup au personnage d’Illya », se souvient son frère Spiros. « On travaillait avec des bouts de ficelle. Le film n’a été possible qu’avec le financement in extremis d’United Artist dont le producteur, américain, s’appelait Ilya. Pour le remercier, Dassin a attribué son prénom à l’héroïne », explique Spiros, avant de soupirer : « Où est passée la joie de vivre, le grain de folie de cette époque ? »

Au fond, Illya est comme la Grèce insouciante, libre, mais aussi pleine d’illusions. Et Homer Thrace, comme ceux qui, au nom d’un certain réalisme, veulent la changer, vont jusqu’à s’allier avec Monsieur X, le mystérieux maquereau du film qui derrière ses lunettes noires, ne montre jamais son visage. Un peu comme les marchés financiers. (Critique de Maria Malagardis pour le journal Libération.)

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