Le cinéma grec des années 60 :: Samedi 9 janvier à 20h


Pour cette séance, c’est le temps qui sera notre leitmotiv. L’épisode 5 de la série de Chris Marker cherche le sens de l’Histoire en revenant sur les évènements politiques qui ont marqués la Grèce. Puis nous vont invitons à découvrir un chef d’oeuvre, La reconstitution, premier long-métrage de Theo Angelopoulos, film qui ouvra la voie au « nouveau cinéma grec ».
Le russe Andreï Tarkovski, compagnon de route et parent naturel de ce dernier, a écrit « sculpter le temps ». Tous deux voulaient donner une idée à leur public de ce qu’est la vie, que le passé fait parti du présent où tout est inclus. « Le temps, ce que nous sommes», disait Angelopoulos, « nous nous trouvons simultanément dans toutes les époques. »

 

Samedi 9 janvier à 20h
Videodrome 2, 49 Cours Julien, 13006 Marseille
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L’héritage de la chouette : épisode 5 : Amnésie ou le Sens de l’Histoire
Chris Marker – 1989, France, 26 min, VF
Dans cette mini série télé commandée à Chris Marker d’après une idée de Jean-Claude Carrière, Chris Marker décortique treize mots de racine grecque – un par épisode – pour connaître l’héritage de la Grèce antique sur le monde moderne. Des États-Unis au Japon, il a baladé sa caméra là où tout mot prend sens, il a rencontré des hellénistes, des philosophes, des logiciens, des hommes politiques, des artistes et a confronté leurs discours aux mémoires des cinémathèques.
Nous vous proposons de découvrir l’intégralité de cette série au fil des séances consacrées au cinéma grec.

:: Épisode 5 : Amnésie ou le Sens de l’Histoire
Comme l’annonce de façon lucide l’un des intervenants : « l’homme politique éloigne le citoyen de la mémoire, la mémoire servant de point de départ à la contestation ; notre homme politique « joue sur le quotidien », livrant un discours « du jour »… et oublié trois jours plus tard ». On a alors droit à un petit rappel historique des faits avec l’arrivée, en Grèce indépendante, en 1820 du roi bavarois Otto et un habile parallèle est fait entre l’histoire en 1840 et en 1940 avec les mêmes pays se disputant la Grèce ; on revient plus précisément sur les Américains, qui ont pris la succession des Anglais et qui de 47 à 49 intervinrent directement et militairement dans le pays – comme un coup de force en forme de coup d’essai de leur politique future. On finit par évoquer enfin la prise de pouvoir par les Colonels.

 

La reconstitution
Theo Angelopoulos – 1970, Grèce, 1h40, VOstFR

Theo Angelopoulos s’inspire ici d’un fait divers s’étant déroulé dans un village montagnard : le meurtre d’un homme, de retour d’Allemagne, par sa femme et son amant. La tragédie classique sous-tend déjà le récit mais l’approche est réaliste, presque documentaire avec quelques notations sociologiques sur le dépérissement des petits villages de Grèce, l’émigration des travailleurs, la dureté des conditions de vie. Le caractère prosaïque des scènes, la grisaille qui les enserre, les allers-retours géographiques et le manque évident de moyens provoquent la répétition et une certaine restriction, mais un principe fort est énoncé : il faut travailler la notion d’espace et de là (faire) réfléchir sur le temps qui s’y inscrit. Ainsi, le décor, toujours naturel, prend toute son importance, remarquablement photographié en noir et blanc et parcouru par la caméra et les protagonistes. Ces déplacements donnent leur rythme aux séquences, le modifie parfois en cours de route, en fonction des croisements et des changements de sujet qui peuvent se réaliser dans le plan lui-même.

Le fil narratif propose un va-et-vient entre plusieurs temps, plus exactement, entre plusieurs strates puisque nous sommes invités à suivre trois types de reconstitutions distincts mais que le cinéaste se plaît à entremêler : la reconstitution du crime par les enquêteurs, dans la maison et le jardin de la victime, celle qu’un groupe de journaliste effectue en interrogeant les villageois et enfin, celle que nous voyons sous forme de flash-back retraçant le parcours des amants criminels une fois leur forfait commis. Déjà, Angelopoulos manie avec brio les niveaux de perception et de représentation. Et ce récit fait de couches successives nous place vite devant cette évidence : aucune reconstitution n’est à même de percer le secret des motifs. Le plan final l’assène avec force, ce morceau de bravoure reprenant l’action fondatrice du récit tout en la maintenant hors-champ. Une cour, des allées et venues et une porte qui reste fermée. La scène symbolise tout le film et son propos.

Dès sa première réalisation, Angelopoulos fait preuve d’une maîtrise formelle certaine. Il s’attarde dans les interstices du récit, sur les visages, les déplacements des personnages, invitant le spectateur à prêter son attention sur les gestes, les regards, les lieux. La reconstitution est un très beau film, improbable mariage cinématographique entre Bela Tarr et Abbas Kiarostami, jugé fort justement en son temps comme particulièrement prometteur.
D’après Edouard Sivière pour kinok.com

 

:: À propos du réalisateur
Né en Grèce en 1935, Théo Angelopoulos est l’auteur d’une filmographie monumentale au palmarès impressionnant : une Palme d’or (L’Éternité et un jour), un Prix du scénario (Voyage à Cythère) au festival de Cannes, un Lion d’argent (Paysage dans le brouillard) et un Lion d’or (Alexandre le Grand) au festival de Venise. Tour-à-tour étudiant en droit à Athènes puis en philosophie et en cinéma à Paris, il devient critique de cinéma à son retour en Grèce jusqu’à l’avènement de la dictature des colonels, période pendant laquelle il réalise ses deux premiers longs métrages, La Reconstitution et Jours de 36. Trois ans plus tard, Le Voyage des comédiens, œuvre-fleuve qui revient sur les années les plus sombres de la Grèce, est unanimement salué par la critique internationale comme un chef-d’œuvre.
Sens du récit où s’enchevêtrent passé et présent, splendeur visuelle incomparable, plans séquences à l’ampleur considérable, Théo Angelopoulos affirme très vite la puissance et l’originalité de son style tout en épure et en ellipse.  Fidèle à ses obsessions – l’histoire contemporaine, la mémoire, la faillite des espérances -, le cinéaste emmène ses personnages sur des chemins tourmentés, jongle avec l’espace et le temps et conte, avec élégance et détermination, les blessures et des peines de son pays, la Grèce. Un pays qu’il filme d’un bleu-gris glacial, noyé dans la pluie et le brouillard, enneigé, terrien.

> Voir les séances consacrées au cinéma grec

 

:: Les tarifs des projections cinéma

5€ la séance sans adhésion
4€ la séance avec adhésion
2€ pour les moins de 14 ans
2€ pour les séances jeune public

Adhésion annuelle à l’association : à partir de 5€

Ouverture de la billetterie 30 minutes avant le début de chaque séance

> Voir toutes les séances cinéma

 

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