Le cinéma grec des années 60 :: Jeudi 7 janvier à 20h

Pour cette troisième soirée consacrée au cinéma grec des années 60, un film majeur et tristement méconnu en France, malgré l’itinéraire passionnant de son réalisateur, et son rôle à multiples facettes dans les milieux artistiques et militants en France et aux États-Unis. Nikos Papatakis, cinéaste provocateur et réfractaire, signe, avec Pâtres du désordre, un chef d’œuvre tragique et anticonformiste, à découvrir absolument.
La séance sera introduite par le troisième épisode de L’héritage de la chouette, de Chris Marker.

 

Jeudi 7 janvier à 20h
Videodrome 2, 49 Cours Julien, 13006 Marseille
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L’héritage de la chouette : épisode 3 : Démocratie ou la Cité des Songes
Chris Marker – 1989, France, 26 min, VF
Dans cette mini série télé commandée à Chris Marker d’après une idée de Jean-Claude Carrière, Chris Marker décortique treize mots de racine grecque – un par épisode – pour connaître l’héritage de la Grèce antique sur le monde moderne. Des États-Unis au Japon, il a baladé sa caméra là où tout mot prend sens, il a rencontré des hellénistes, des philosophes, des logiciens, des hommes politiques, des artistes et a confronté leurs discours aux mémoires des cinémathèques.
Nous vous proposons de découvrir l’intégralité de cette série au fil des séances consacrées au cinéma grec.

:: Épisode 3 : Démocratie ou la Cité des Songes
Quelle différence existe-t-il entre la démocratie ancienne et la démocratie moderne ? Le philosophe franco-grec Cornelius Castoriadis prend la parole en insistant sur le fait primordial de ne pas confondre la cité – Athènes – et le peuple – les Athéniens : ce sont ces derniers qui détiennent véritablement le pouvoir politique. Outre cette différence majeure avec nos démocraties modernes gérées par des « politiciens professionnels », Castoriadis évoque aussi la passion des citoyens d’alors pour la vie politique.

 

Pâtres du désordre
Nikos Papatakis – 1967, Grèce, 2h, VOstFR

Thanos, un jeune berger grec illettré, immigré de retour au pays, subit la pression sociale de son village. Les bêtes du troupeau dont il s’occupe meurent d’un mal mystérieux. Il souhaite épouser Despina, la fille d’un grand propriétaire tyrannique mais ce dernier impose à la jeune femme un autre fiancé. La population accuse Thanos de tous les malheurs.

Pâtres du désordre renverse les clichés du drame pastoral et d’une Grèce touristique. Son héros se heurte à des forces qui visent son anéantissement. La famille, la religion, la police s’acharnent contre cet homme déchiré qui transgresse les limites par l’amour fou qui le lie à une femme. Interdit en Grèce par la dictature des colonels, ce film ne put sortir qu’en 1974 dans ce pays.
Claude Levi-Strauss notait que le film présentait un «intérêt considérable pour un ethnologue car il part de l’observation la plus concrète, la plus minutieuse et la plus véridique des coutumes d’une société pour s’épanouir progressivement dans toute la splendeur d’une mythologie».


:: À propos du réalisateur
Cinéaste rare et parcimonieux (six films en trente ans), Nikos Papatakis apparaît aujourd’hui comme un auteur essentiel et inclassable.  Ce n’est pas seulement parce que ses projets font peur ou dérangent (une adaptation des Jouets de Georges Michel, un film sur Lumumba, un autre, Oracle Perforé, réflexion philosophique sur le crime productif) que Papatakis ne nous a pas donné une filmographie plus abondante. Chaque tournage naît pour lui d’une nécessité profonde et ses activités politiques et militantes, le temps de la réflexion ou tout simplement la sphère privée comptent bien plus à ses yeux que la poursuite d’une carrière.
Né en 1918 à Addis Abeba d’un père grec et d’une mère éthiopienne, déchiré entre deux cultures, rejeté par l’une ou l’autre communauté, Papatakis sera sensible toujours aux clivages, aux injustices, à l’errance des damnés de la terre. Partie prenante de toutes les luttes révolutionnaires, il se battra dans sa jeunesse en Éthiopie contre les armées de Mussolini puis dans le pays de son père contre la dictature de Metaxas, connaitra en France l’occupation allemande, aidera les indépendantistes algériens, participera à la résistance contre les colonels grecs.
En France, il se joint aux surréalistes et aux existentialistes et fut proche de Jacques Prévert et de Jean-Paul Sartre, mais surtout de Jean Genet dont il produisit l’unique film Un chant d’amour avant de s’inspirer d’un épisode de sa vie pour Les Équilibristes. Avant de se retrouver à New-York aux côtés de John Cassavetes pour Shadows.
Ses films sont autant de fables du monde où se jouent les rapports et les luttes de classe, où le sexuel et le social sont intimement liés. Chacun de ses films est une peinture de l’humiliation et un cri de révolte. Ce que nous dévoile Papatakis, c’est une beauté sans fioritures nourrie par une conscience morale. Ses récits sont autant de machines infernales où se trouve piégés des personnages solitaires. Le souffle qui traverse ses films est celui, vivifiant, qu’apporte un cinéma métis.

> Voir les séances consacrées au cinéma grec

 

:: Les tarifs des projections cinéma

5€ la séance sans adhésion
4€ la séance avec adhésion
2€ pour les moins de 14 ans
2€ pour les séances jeune public

Adhésion annuelle à l’association : à partir de 5€

Ouverture de la billetterie 30 minutes avant le début de chaque séance

 

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