Phantagma : Carte blanche à Aurélien Lemonnier :: Samedi 24 octobre à partir de 20h30


Pour finir cette semaine préparée avec soin par Aurélien Lemonnier. Nous ferons se heurter deux films. D’un côté le dernier film de John Huston,  Gens de Dublin au classicisme tendu et de l’autre L’ange de Patrick Bokanovski, jalon majeur du cinéma expérimental. Parions que Phantagma soit lui aussi de la partie!
Cette semaine nous initions une idée qui nous tenait particulièrement à coeur. A savoir  ouvrir la programmation à des spectateurs avec qui nous dialoguons sans cesse depuis l’ouverture de la salle. Nous mettre en position de spectateur de l’outil que nous avons mis en place. Renverser la vapeur mais surtout continuer la discussion entamée…
Nous avons donc invité  Aurélien Lemonnier, artiste plasticien marseillais, à nous entretenir d’une idée. Celle du fantôme qui hante le cinéma :Phantagma, tel est son nom! D’Olivier Smolders à Ingmar Bergman , de la peste à Marseille aux simulacres chinois , Aurélien Lemonnier déploie le spectre d’un cinéma habité autant qu’il nous habite.

 

Samedi 24 octobre à partir de 20h30
Videodrome 2, 49 Cours Julien, 13006 Marseille
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:: 20h30
Gens de Dublin

John Huston – 1987, États-Unis, 1h23, Version originale sous-titrée français

L’histoire se passe à Dublin, chez les vieilles demoiselles Morhan, en 1904. À l’issue d’une soirée de réveillon joyeuse et bien arrosée, Greta raconte à son mari l’histoire d’un jeune homme passionnément amoureux d’elle et que l’amour a conduit à la mort. Ce récit plonge Gabriel, le mari, dans une profonde réflexion.
Adapté de la nouvelle The dead de James Joyce, The dead de John Huston (Gens de Dublin en français par rapport au titre du recueil de nouvelle dont il est issu) porte un regard tendre et cruel sur un cercle d’ami que peu de choses, si ce n’est les conventions sociales, font tenir ensemble.

Le titre du film de John Huston (1987), qui est aussi le titre de la nouvelle de Joyce dont il est l’adaptation, The Dead (1914), place d’emblée les deux œuvres sous le signe de la coupure la plus radicale : celle d’entre les vivants et les morts. Une coupure ontologique, dont la conscience fonde la condition humaine.
Parler des morts, c’est parler de l’ailleurs, d’un au-delà, d’un autre monde que l’on définit selon ses convictions mais qui est, par définition, inconnu, même s’il peut être proche. Parler des morts, c’est aussi parler d’un passé par essence révolu, d’un autre temps, qui peut être remémoré.
Parler des morts c’est se référer à l’envers du hic et nunc, de la présence palpable et physique. Au fond, tout le film de John Huston (puisque c’est lui qui m’intéresse ici) peut être vu comme une méditation sur le rapport aux morts, sur les stratégies déployées par les vivants pour circonvenir, intégrer, maintenir à distance, ou masquer cette coupure par l’affirmation d’un présent forcément assailli par les morts passés et ceux à venir.
Il faut rappeler ici que The Dead est le dernier film de John Huston, qu’il a tourné alors qu’il se savait condamné et pour lequel il s’est entouré de ses enfants, Tony et Anjelica, ce qui en renforce la dimension testamentaire. Rappelons également que la nouvelle de James Joyce, à l’origine du film, est un texte d’exil, le dernier d’une série de nouvelles où l’écrivain a cherché à capturer l’essence des habitants de Dublin, après avoir rompu avec eux.
Il est intéressant de relever que le titre du film a été traduit par Gens de Dublin en français, pour des raisons commerciales évidentes, mais proposant là une superposition sémantique qui n’est pas sans rapport avec la présentation des Dublinois faite par Joyce, marquée par la paralysie et le poids du passé.
Aurelien Lemonnier

 

:: 22h
L’Ange
Patrick Bokanowski – 1982, France, 1h10

L’Ange est un film expérimental français réalisé par Patrick Bokanowski, sorti en France le 4 avril 1984. Il est paru pour la première fois en DVD en 2010, édité par les British Animation Awards.

Étant donné que le film relève du cinéma expérimental, il n’est pas à proprement parlé narratif, mais une ligne directrice régit son déroulement : des silhouettes masquées gravissent un escalier, en faisant diverses rencontres à chaque palier. Il s’agit d’une quête spirituelle qui se double d’une recherche sur l’illusion d’optique, Patrick Bokanowski recréant tous les objectifs de ses caméras. C’est un long métrage, chose rare dans l’animation artisanale et dans le cinéma expérimental.

L’Ange se présente comme une succession de scénette où des figures mystérieuses,  d’une rigidité cadavérique semblent éternellement faire et refaire la même action. L’escrimeur perce à jamais la poupée, la dame à la bouteille de lait apporte la bouteille à un bourgeois assis qui la fait tomber, des assaillants tentent de percer un cube où se trouve une femme nue, des bibliothécaires poussiéreux rangent des livres et pestent dans le vide, un gros bourgeois se lave à grosse flaque et rit de se laver… Chaque personnage semble perdu à jamais dans leurs actions qu’il répète absurdement jusqu’à épuisement.
Film expérimental qui entrecroise des images arrêtées de 35 et 16 mm, qui, par la fabrication de lentilles spécifiques, littéralement rendent bossues les images, L’Ange semble une forme cosmogonique de l’épouvante et de la sensation du temps qui passe. De la prise de conscience impossible et du dépassement d’un horizon impossible. Aucun des personnages ne semblent conscient de sa répétition et la forme de ce film même tente de rendre compte de cette incapacité. Film tellurique et délirant dans sa construction, il est une fuite en avant où l’on rencontre les spectres de l’histoire, caricaturés dans un quotidien délirant. Il faudra, pour dépasser cette angoisse de la répétition, pour que l’on puisse prendre conscience de ce qui nous constitue nous-même en tant que spectateur dans ce film, qu’un voile vienne brûler l’écran; que le voile blanc vienne percer l’image, comme une réponse à la répétition autistique des personnages, pour nous ramener à notre vision, à ce que c’est que de voir, c’est à dire être perdu dans la lumière.
C’est aussi un voyage dans la peinture que nous propose Bokanovski. La peinture historique (De Vinci, Caravage…) mais aussi la matière picturale, la mollesse de la peinture à l’huile qui rend à cette vision l’impression d’être mu par l’arrêt du mouvement. Il revient à l’ontologie de l’image qui est illusion de mouvement 24 images par seconde. Ce voyage cauchemardesque dans le temps arrêté nous éblouit par la force de ces séquences autistes comme autant de souvenirs déformés, délirés, sublimés, gros du caractère impossible de faire revivre ce qui est à jamais perdu.
Aurelien Lemonnier

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:: Les tarifs des projections cinéma :

5€ la séance sans adhésion
4€ la séance avec l’adhésion annuelle
3€ la séance avec l’adhésion de soutien
2€ pour les enfants et séances du mercredi

adhésion annuelle à l’association : 5€
adhésion de soutien à l’association : 20€

Ouverture de la billetterie 1h avant le début de chaque séance

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