Le cinéma soviétique des années 60 avec « Le Premier maître » :: Samedi 5 septembre à 20h


Absolument fabuleux, Le Premier maître, incontournable et hors-normes, premier long métrage du grand cinéaste russe Andreï Kontchalovski, clôture cette semaine de rattrapage.
En 1923, Diouchen, ancien soldat de l’armée rouge est chargé par le Parti de fonder une école dans un village reculé des steppes de l’Asie Centrale où les aspirations idéalistes révolutionnaires du professeur naïf se heurtent à la réalité des populations locales et à un ordre social ancestral.

Samedi 5 septembre à 20h
Videodrome 2, 49 Cours Julien, 13006 Marseille
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Le Premier maître
Andreï Kontchalovski – 1965, Union soviétique, 1h30

 

 

 

 

 

:: Le synopsis

1923. L’URSS a été fondée le 30 décembre 1922. Diouchen, jeune soldat de l’armée rouge, est envoyé dans un village de Kirghizie pour y être instituteur. Le Kirghizistan est un pays montagneux, ses habitants sont originellement des nomades.
La présence de Diouchen, son idéalisme et sa foi en la transformation du monde par l’éducation qui libèrera les êtres humains des chaînes du passé, créent des tensions au sein de la communauté. Le combat de l’ancien et du moderne, le conflit entre les traditions et la modernité, l’émancipation des femmes par le savoir : tout cela se cristallise autour de la figure d’Altynaï, jeune adolescente, élève de Diouchen, qu’un seigneur local souhaite traditionnellement épouser et soustraire à l’école.

:: La critique

Toutes les pensées révolutionnaires ont placé en leur centre la question de l’éducation des masses. Éduquer le peuple, c’est lui permettre de s’émanciper des rapports de domination que les précédents systèmes ont construit à son détriment.

L' »Homme nouveau » qui doit naître du processus révolutionnaire est un homme éduqué, conscient des réalités sociales qui l’entourent, capable de les transformer.
Seulement voilà : tout savoir est porteur d’un système de valeurs, et dire de but en blanc à un peuple disposant de son savoir que ce dernier est en vérité caduque et malsain, est un acte d’oppression en lui-même.
Ce paradoxe n’est pas nouveau.

Par exemple, voici ce que dirent les plénipotentiaires des six Nations (Cayugas, Mohawks, Oneidas, Onangadas, Sénécas, Tuscaroras) aux commissaires du Maryland et de la Virginie, le
17 juin 1744, à Lancaster, Pennsylvanie :

 »Nous savons quelle haute estime vous portez au genre d’enseignement donné dans ces collèges, et que l’entretien de nos jeunes hommes, pendant leur séjour chez vous, vous coûterait très cher. Nous sommes convaincus que vous nous voulez du bien avec votre proposition et vous en remercions de tout cœur. 
Mais, vous qui êtes sages, vous devez savoir que chaque nation a une conception différente des choses et, par conséquent, vous ne le prendrez pas mal s’il se trouve que nos idées sur cette sorte d’éducation ne sont pas les mêmes que les vôtres. Nous en avons fait l’expérience. Plusieurs de nos jeunes gens ont été jadis élevés dans les collèges des provinces du nord ; ils furent instruits de toutes vos sciences mais quand ils revinrent, ils ne savaient pas courir et ignoraient tout de la vie dans les bois… Incapables de faire des guerriers, des chasseurs, ou des conseillers, ils n’étaient absolument bons a rien.
 Néanmoins, nous vous restons obligés pour votre offre bienveillante, bien que nous ne puissions l’accepter ; et pour vous montrer combien nous vous en sommes reconnaissants, nous nous proposons d’accueillir une douzaine de vos fils, si ces messieurs de Virginie le veulent bien, de prendre soin de leur éducation, de les instruire en tout et de faire d’eux des hommes. »

C’est au cœur de ce paradoxe que se situe Diouchen, ce premier maître lui-même à peine sorti de l’illettrisme.
Une grande beauté du film de Kontchalovski est d’exposer ce paradoxe, de le placer à hauteur de l’humanité de ses personnages. Le film n’est pas manichéen : Diouchen est maladroit, et le sort d’Altynaï est révoltant. Il peut sembler immoral que certains Kirguizes refusent à leurs enfants l’accès à la lecture, mais doivent-ils vraiment se couvrir de cendres à la mort de Lénine ?
Avec un humour constant, le film ne laisse de nous interroger sur cette distinction qui existe entre la nécessité « d’éduquer le peuple », et celle, bien plus grande encore, et délicate surtout, de « s’éduquer en peuple ».
Le trait, à proprement parler génial, qui caractérise le film, c’est que la résolution entre ces deux termes (vouloir changer l’autre tout en l’acceptant pour ce qu’il est) se construit par amour.
Car Le Premier maître est une magnifique histoire d’amour, et la figure solaire de Natalia Arinbassarova, épouse de Kontachlovski, en Altynaï, est bien à placer au panthéon de ces figures de femmes au cinéma, qui incarnent un rêve d’amour.

Dans L’origine du XXIème siècle, (2000), Jean-Luc Godard monte successivement un plan de JFK de profil, suivi d’une photographie de Marylin Monroe, puis une scène de guerre urbaine (un homme qui tire un coup de fusil en enfilade dans une rue), puis deux plans du Premier maître, quand Diouchen ramène Altynaï à cheval sous la pluie.
Une voix de femme lit un extrait d’un texte de Georges Bataille (L’amour d’un être mortel) :
« Rien n’est plus contraire à l’image de l’être aimé que celle de l’État, dont la raison s’oppose à la valeur souveraine de l’amour. L’État n’a nullement, ou il a perdu, le pouvoir d’embrasser devant nous la totalité du monde. Cette totalité de l’univers donnée en même temps au dehors dans l’être aimé, comme un objet, au dedans dans l’amant, comme sujet. »

 

Dans ce pays aujourd’hui disparu (l’URSS), dans les années 60, comme partout ailleurs, une soif de renouveau des formes et des aspirations agitait le monde. C’est ce cinéma que nous vous proposons de découvrir au travers un cycle de projections intitulé : Le cinéma soviétique des années 60

 

Tarifs des projections cinéma :

4€ la séance
3€ la séance avec l’adhésion de soutien
2€ pour les enfants et séances du mercredi

adhésion annuelle à l’association : 5€
adhésion de soutien à l’association : 20€

Ouverture de la billetterie 1h avant le début de chaque séance

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