Rencontre avec les visions psychédéliques de Antonella Porcelluzzi :: Samedi 12 septembre à 20h

Videodrome 2 vous invite à partager une soirée avec la poétesse, performeuse et cinéaste Antonella Aynil Porcelluzzi, autour de son dernier film Limbes Bardo Thodol.
Premier volet d’une trilogie qui revisite de manière transversale, dans une lecture libre et contemporaine La Divina Commedia de Dante Alighieri, Limbes Bardo Thodol est l’Enfer.
La projection sera précédée d’une lecture-performance interprétée par Antonella Aynil Porcelluzzi et ses collaborateurs.

Samedi 12 septembre à 20h
Videodrome 2, 49 Cours Julien, 13006 Marseille
> Voir le plan

Entrée à prix libre
Adhésion annuelle à l’association : 5€
Adhésion de soutien à l’association : 20€
Ouverture de la billetterie 1h avant le début de la séance

 

Limbes Bardo Thodol
Antonella Aynil Porcelluzzi – 2014, France, 50 min
Limbes Bardo Thodol est un parcours d’initiation chamanique, alchimique, celui d’une femme dans son labyrinthe intérieur.
L’esthétique cinématographique d’Antonella Aynil Porcelluzzi, qui vit à Marseille depuis 2007, est détonante et sans égale, frappante de singularité.
> Les films de Antonella Porcelluzzi sur youtube

Ci-après un texte (traduit de l’anglais) de Giulio L. Giusti, maitre de conférence à la Regent’s University de Londres, il s’intéresse aux inter-relations entre la peinture et le cinéma :

« Celui qui découvrira le sens de ces paroles ne goûtera pas à la mort. » Évangile – apocryphe – selon Thomas.
« The planet itself is a living. thinking, emotional entity. » Cette phrase est en arrière-plan de la bande son d’une séquence clé de Limbes, un film de 2014, écrit, tourné et monté par Antonella Aynil Porcelluzzi. Pendant que la voix électronique de David Icke dans la chanson « Entwine » (du musicien tunisien Fusam) prononce ces mots, des images de corps à moitié nus et serrés par la sensualité libératoire d’un rite tribal archaïque prennent forme. Sur une plage déserte et sableuse, on est en train d’accomplir un rite propitiatoire, métaphore véritable du passage vers le nirvâna. Pendant ce rite, le corps et la psyché se fondent à l’entité cosmique du moi et le sens même de l’existence humaine, de sa naissance, à sa mort et renaissance éventuelle, devient une expérience purement dionysiaque.

Inspiré du « Bardo Thodol », c’est-à-dire le Livre tibétain des morts, Limbes devient ainsi un voyage psychédélique qui raconte de l’auto-conscience du genre humain par rapport à sa transformation, mort et régénération.
Le film se sert de la bande sonore de Sylvain Quatreville, à son tour basée sur la compilation « C-drik October Mix 2013 » de Cedrik Fermont. Cette mélodie cadencée et hypnotique accompagne, dés le début du film, la plasticité d’un corps féminin se reflétant dans un miroir et improvisant une danse tribale. Une série de fondus enchainés se succèdent et mettent en évidence d’autres corps en mouvement qui deviennent ici pure expression métonymique et symbolique d’ une libération des chaînes du moi physique et immanent.

Limbes nous montre après une jeune femme blonde et habillée de manière estivale qui attend (in)consciente quelqu’un ou quelque chose sur le quai. Elle est comme plongée dans un état de rêve éveillé qui se compose de multiple valences symboliques.
Dans l’attente, une coquille, métaphore de (re)naissance dans le sens le plus botticellien et néoplatonicien du terme, flotte sur la mer calme et imperturbable, presque pressentant l’imminente métamorphose kafkaïenne et la conséquente transformation en un nouveau moi. Ainsi commence le voyage de la jeune femme vers l’inconnu de son esprit et vers le sens de la vie, représenté ici par des tunnels et des rues tortueuses, et par la végétation décharnée du sud de la France.
De suite, la caméra nous transporte dans une alcôve mystérieuse et se concentre sur l’acte sexuel entre la femme et son barde. Une série de fondus cadencent alors la plasticité des deux corps à moitié nus et l’union de leurs âmes se concrétise dans un jeu de gestes rituels et sensuels. Deux corps et deux âmes se rencontrent dans leur voyage mental et sexuel au goût métaphysique et ici métaphorisé par le plan serré d’un ovule fécondé, forme absolue du mélange des corps et des esprits dans l’attente de leur (re)naissance et évolution.
À cette partie purement métaphorique, Antonella Aynil Porcelluzzi fait suivre des séquences aux fortes connotations surréalistes et au goût typiquement buñuelien. Voilà alors que les murs d’un appartement dépouillé deviennent l’incarnation d’une cage pour les corps et l’âme, dans un jeu de lumières expressionnistes et de reflets verticaux qui rappellent les barreaux de prison par réminiscence symboliste. En superposition, un plan serré de ronces, ici épines du corps et de l’âme, s’alterne avec celui sur un avocat à la rotondité parfaite et à l’ éclat presque onirique.

La rupture conséquente des chaînes du corps et des contraintes physiques et mentales ne peut que trouver expiation et libération dans la dernière partie du film. Ici, une rave de nuit devient un enfer alchimique où le désir charnel et des images de pornographie explicite se mélangent aux lumières psychédéliques de la nuit et le voyage vers le nirvâna s’accomplit à travers un rite cannibale horrifique et truculent.
Le passage vers le royaume des morts n’est autre qu’un événement orgiaque à consommer avec les autres et s’imprégner du goût dionysiaque de la vie. « Arrête de penser, respire » nous explique Antonella Aynil Porcelluzzi. Dans l’attente d’une renaissance éventuelle après la mort, il ne reste rien d’autre à faire que revenir à la mer, à l’eau, et au baptême purificateur d’une nouvelle vie.

 

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