Inédit à Marseille : le dernier film d’Antoine Boutet :: Jeudi 3 septembre à 20h (2ème séance)


Projeté pour la première fois à Marseille au Videodrome 2, samedi 27 juin, dans le cadre du Festival Alternatiba nous vous proposons une séance de rattrapage pour découvrir le dernier film d’Antoine Boutet, Sud Eau Nord Déplacer.

Samedi 27 juin à 20h30 + Jeudi 3 septembre à 20h
Videodrome 2, 49 Cours Julien, 13006 Marseille
> Voir le plan

Sud Eau Nord Déplacer
Antoine Boutet – 2015, France, 1h50, version originale mandarin-français sous-titrée en français

Le Nan Shui Bei Diao  ou  Sud Eau Nord Déplacer  – est le plus gros projet de transfert d’eau au monde, entre le sud et le nord de la Chine. Sur les traces de ce chantier, le film dresse la cartographie mouvementée d’un territoire d’ingénieur où le ciment bat les plaines, les fleuves quittent leur lit, les déserts deviennent forêts, où peu à peu des voix s’élèvent, réclamant justice et droit à la parole. Tandis que la matière se décompose et que les individus s’alarment, un paysage de science-fiction, contre-nature, se recompose.
https://vimeo.com/112066386

 

Apporter l’eau, faire naître le désert

Là où les serpents ailés chantent la sécheresse, l’Etat chinois détourne des fleuves. La Chine du Nord est aujourd’hui confrontée au manque d’eau. A chaque problème, une solution? Rien ne semble résister à la Chine colossale. La réponse se nomme Nan Shui Bei Diao qui signifie en chinois « Sud Eau Nord Déplacer ». Conçu par Mao Zedong en 1952, validé en 2002, le chantier a pour objectif de transférer 45 milliards de mètres cube d’eau par an du sud vers le nord de la Chine.

Antoine Boutet remonte le fil de l’eau et enregistre les transformations d’un paysage. Arraché à son environnement premier, un ballot de végétation serré dans un camion doit rejoindre le désert. Il parcourt une distance, celle qu’il nous faut peut-être observer puis abolir pour comprendre. La composition est complexe, travaillée par des lignes, des tensions, des champs de force et des rapports d’échelle.

Le réalisateur met au jour l’activité de la perception : sidéré, le spectateur est tout d’abord pris au piège d’une beauté totalitaire et géométrique dans une Chine évidée de toute présence humaine, bien loin de la Chine grouillante d’un Disorder. Des paysages sablonneux fascinants, des déserts travaillés par le vent, la roche. La trace de la machine est recueillie méticuleusement. Progressivement, Antoine Boutet dévoile les soubassements de ce paysage muet.

« Dans la tasse, l’eau est tasse » : le petit écran délivre la philosophie lénifiante de Bruce Lee : l’homme serait-il en capacité, tel l’eau, de s’adapter à la contrainte de la forme pour mieux la subir ? Quelques vingt minutes s’envolent, un autre type de paysage se forme: le paysage mental d’un Etat, monstre froid, qui assène le spectacle de sa puissance et fait plier chaque volonté. Des slogans chimériques sont chargés de rallier les hommes à la cause : « faisons reverdir le désert ».

Image à creuser, apparence à crever. Il faut savoir écouter ce qui naît entre les lignes droites, ce qui rend le plan incertain, ce qui vient trouer « l’optimisme béat des grands destructeurs » (P.Legendre). Derrière la clarté propre de la parole officielle et des bureaux aseptisés, il est possible d’entendre la parole du « petit peuple » en se jouant des interdictions et des entraves : tout regard jugé curieux est suspect. La distance est soudainement abolie, la sidération se dissipe : les voix surgissent dans la nuit, derrière les murs de carton-pâte construits à la va-vite dans des villages uniformes qui accueillent les déplacés.Un vieil homme entonne un chant patriotique et dénonce. Le filet d’une voix dissonante s’échappe d’une radio de propagande : une femme est obligée d’abandonner le legs de ses ancêtres. Les migrants, Chinois réduits à de simples pions qu’il faut déplacer sur une maquette, s’insurgent. Un philosophe s’emporte : il n’est question ni des gens, ni d’efficacité. Il est question de calcul politique. Sa conclusion sans appel est celle de Thatcher : « La Chine n’a qu’un Etat, pas de société ».

Le réalisateur donne à voir l’ensemble des conditions matérielles et intellectuelles formant l’environnement du projet. Le développement du géant chinois se fera-t-il aux dépens du Tibet ? Quelles vont être les conséquences climatiques et écologiques de toute cette eau détournée ? Comment prendre en compte la réalité des migrations forcées qui expose la corruption locale et l’incohérence des politiques de redistribution des terres ? Face au paysage totalitaire, Antoine Boutet organise une polyphonie, un débat qui ne peut advenir dans la réalité. Eprises de liberté, des volontés vacillantes et fragiles affleurent : telle une bouffée de possible, une chevauchée à moto gonfle le cœur.

Comment vivre et quelle place prendre dans le décor quand le voile a été levé sur la toute-puissance ? De la fascination à la compréhension, de la contemplation à la critique, Antoine Boutet décortique le paysage comme un ensemble de problèmes. Se dessine alors le territoire de la pensée et de la (ir)rationalité politiques. Dans sa folle et hypocrite conquête du mieux, l’hybris de l’apprenti sorcier s’impose à l’homme du commun que l’on entend trop peu donner du relief à ces paysages. (Claire Lasolle, pour Hors Champ)

 

Il y a quelques mois, Videodrome 2 a proposé le film d’Antoine Boutet au Festival Alternatiba qui essaime les bonnes questions et les bonnes pratiques face aux dérèglements climatiques et autres pétages de plomb d’une nature soumise à rudes épreuves. La projection ayant recueillie un très petit nombre de spectateur, nous avons souhaité vous proposez le film une seconde fois, jeudi 3 septembre à 20h.

Videodrome 2 soutient Alternatiba Aïoli à Marseille:
A la suite du refus de la Mairie de Marseille d’autoriser la tenue de la mobilisation citoyenne Alternatiba Aïoli contre le dérèglement climatique, les organisateurs à Marseille ont d’autant plus besoin d’un soutien financier:
> Soutenir Alternatiba Aïoli
> Lire l’article sur les problèmes rencontrés pour l’organisation d’Alternatiba à Marseille

:: Alternatiba
Nées à Bayonne en 2013, Les Alternatiba ont pour objectifs de sensibiliser aux urgences climatiques, énergétiques et écologiques, de faire connaître les alternatives qui existent, de dénoncer les absurdités et hypocrisies qui entravent la recherche de solutions. Les Alternatiba constituent un mouvement qui s’organise autour de rassemblements dans plusieurs villes de France.

« L’édition marseillaise de ces «villages des alternatives au changement climatique et à la crise écologique» aura lieu le week-end des 27 et 28 juin sur le haut de la Canebière et dans les rues environnantes. Outre un pôle central sur le climat, on y trouvera des espaces consacrés à l’agriculture, l’alimentation, l’économie, la finance solidaire, ou la gestion des déchets. Chacun pourra réfléchir aux enjeux cruciaux de notre ère, envisager des solutions concrètes et se rassembler pour imaginer un avenir moins pollué qu’aujourd’hui. » > Lire la suite de l’article de Zibeline
> Lire aussi l’article de Libération

 

Tarifs des projections cinéma :

4€ la séance
3€ la séance avec l’adhésion de soutien
2€ pour les enfants et séances du mercredi

adhésion annuelle à l’association : 5€
adhésion de soutien à l’association : 20€

Ouverture de la billetterie 1h avant le début de chaque séance

> Voir toutes les séances cinéma au Videodrome 2

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