Fotokino présente « Le chantier des gosses » :: Vendredi 12 juin à 20h30


Fotokino nous propose le film de l’autodidacte Jean Harlez, qui, mêlant le cinéma à la vie, est considéré comme le premier film belge « néo réaliste ». En présence de Paul Cox.

Vendredi 12 juin à 20h30
Videodrome 2, 49 Cours Julien, 13006 Marseille
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La séance débutera avec des extraits de films commentés par Paul Cox, le tout faisant écho à son exposition Aire de jeu qui ouvrira le lendemain au Studio.

Le chantier des gosses
Jean Harlez – 1956-1970, Belgique, 1h23
Dans les rues étriquées des Marolles, grouillent des gosses. Leur refuge, leur coin de paradis et d’illusions est un terrain vague encombré de bidons et de buissons rachitiques. Un beau jour arrivent des hommes en chapeau mou et d’autres en salopettes qui examinent les lieux, déploient des papiers… Pour les enfants, ça ne sent pas bon. En effet, le terrain est bientôt barricadé, éventré par des machines, tandis que des maisons alentour sont abattues. Le marteau-pilon fait frissonner tout le quartier et lentement s’élèvent de grands murs de briques. Les gosses, rejetés à la rue, sont atterrés de voir ainsi volée leur part de ciel. Doucement, leur stupeur se transforme en révolte : ils se choisissent un chef, fabriquent des catapultes avec les bretelles de leurs parents et décident de livrer une guerre sans merci aux entrepreneurs et architectes…
En se plongeant dans cette drôle de guerre, « Le chantier des gosses » nous fait entrer dans le petit univers indompté des enfants et évoque leur condition, leur mentalité, leurs réactions, l’étanchéité qui existe entre leur monde et celui des grandes personnes et, à la fois, leur désir de se conduire comme des adultes. Du plus petit (2 ans et demi) au plus grand (14 ans), les voilà acteurs de cinéma, vivant leur rôle avec beaucoup de spontanéité et une grande part d’improvisation !

En utilisant les Marolles comme point d’ancrage et ses habitants comme acteurs, Jean Harlez réalise « un film dans un quartier populaire, qui aurait pu se dérouler n’importe où, à Molenbeek, à Anderlecht, à Liège, dans les corons du Borinage ou de Charleroi ». Il ne s’agit ni d’une œuvre à thèse, ni d’une pièce de folklore consacrée au mythe des Marolles. Plutôt d’une petite perle qui mêle la drôlerie à l’amertume, d’un trésor d’archives sur la ville… L’esprit frondeur, la gouaille des jeunes habitants du quartier et les images étonnantes d’un Bruxelles révolu en enthousiasmeront plus d’un !

:: Jean Harlez
Considéré comme « un sauvage du cinéma belge », un « possédé de cinéma », Jean Harlez est un autodidacte qui évolue en marge des milieux professionnels. Fils de forgeron, mécanicien de formation, il arrive au cinéma dès 1947 comme assistant de Charles Dekeukeleire. Après un passage par le chômage et les petits boulots, Jean Harlez se fabrique une caméra 35mm et réalise un court-métrage sur une coopérative agricole, sans argent, ni soutien d’aucune sorte. Coup de pot, le ministère de l’Agriculture le lui achète. Il peut dès lors réaliser son rêve : « tourner un vrai grand film ». Faire du cinéma en se mêlant à la vie, dans la rue, avec des gens de la rue. Montrer la vie « dans un quartier pauvre que rien ne distinguera des autres quartiers pauvres du monde ». Harlez s’en va sillonner les rues des Marolles pendant deux ans (1954-1956). Il s’attire rapidement la sympathie des habitants et s’entoure d’une kyrielle d’enfants qui deviennent peu à peu ses acteurs…

Le chantier des gosses est le fruit de cette aventure. Première du genre à Bruxelles, la démarche enthousiasme la presse. Il s’agit sans doute du premier long métrage belge inspiré par le néo-réalisme, cinq ans avant Déjà s’envole la fleur maigre de Paul Meyer. Mais les ministères s’en fichent. Nous sommes juste avant 1958 et la Belgique s’apprête à faire la coquette avec l’Exposition universelle. Il n’est pas de bon ton de montrer les impasses « glaireuses » d’un quartier « populeux » en plein cœur de la capitale. Encore moins si le film s’intéresse à un terrain vague, laissé béant depuis la chute d’un missile V1 à la fin de la Seconde Guerre Mondiale (qui a notamment détruit le Théâtre de Toone), entouré de vieilles bicoques de tôle ondulée, de palissades aveugles et constituant l’avant-plan d’un panorama qu’il s’agit de rendre rapidement plus présentable au regard des touristes qui ne manqueront pas de venir en masse admirer la vue depuis le Palais de Justice.

Tourné avec des moyens de fortune, sans son direct, Le chantier des gosses devra attendre plus de 15 ans avant d’obtenir les moyens d’être sonorisé. Et encore… « l’aubaine » viendra d’une commande du ministère de l’Éducation nationale, souhaitant une version réduite du film pour illustrer des cours de morale, qu’il financera modestement, permettant tout juste à Harlez de sonoriser la version longue. « Le chantier des gosses » verra ainsi le jour en 1970, grâce à beaucoup d’enthousiasme, de patience et d’acharnement. Mais, en l’absence d’aides ou de distribution, il passera inaperçu du grand public et sera ignoré par la plupart des filmographies et des ouvrages sur le cinéma belge. Il ne sera quasiment plus projeté après son avant-première au Palais des Congrès le 30 septembre 1970, et un passage à la TV l’année suivante. Depuis, il est resté quasi-invisible (à l’exception d’une séance mémorable mais non moins unique en 2008 au Nova, où il enchanta l’audience), toujours pas édité en DVD, ni distribué en salles… Le cinéma Le Nova a décidé d’exhumer une bonne fois pour toutes ce trésor caché en tirant une nouvelle copie 35mm  !

 

:: Fotokino
L’association Fotokino, créée en 2000 à Marseille, se consacre à la diffusion de travaux artistiques dans le champ des arts visuels. Notre programmation se situe au croisement des disciplines et s’attache à décloisonner les pratiques artistiques et les publics en proposant tout au long de l’année des rendez-vous liés aux arts graphiques, à la photographie, à la peinture, à l’illustration, au cinéma, à la création vidéo ou sonore…

 

Tarifs des projections cinéma :

4€ la séance
3€ la séance avec l’adhésion de soutien
2€ pour les enfants et séances du mercredi

adhésion annuelle à l’association : 5€
adhésion de soutien à l’association : 20€

Ouverture de la billetterie 1h avant le début de chaque séance

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