Films noirs en série avec Que la bête meure :: Vendredi 5 juin à 20h30

Videodrome 2 souhaite faire place dans sa programmation au film noir, notion thématisée en 1946 par le critique de cinéma Nino Frank dans la revue L’Écran Français.
Au détour d’un terme générique  surgissent les relations ténues entretenues avec d’autres catégorisations, souvent l’objet de débats infinis. Terme « venu du dehors », ne provenant pas de l’univers des producteurs et des réalisateurs,  il vient pour Nino Frank caractériser un procédé poétique qui s’éloigne des schémas narratifs connus jusqu’alors, notamment à Hollywood, et s’intéresse à la « psychologie criminelle » avec une dimension de critique sociale. Loin de sanctionner un genre et de lui définir un contour précis, la programmation autour du film noir se glissera dans les ramifications qui le lient à la littérature, au polar, au film de gangsters…et mettre sa part d’ombre en lumière.

Vendredi 5 juin à 20h30
Videodrome 2, 49 Cours Julien, 13006 Marseille
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Que la bête meure

Claude Chabrol – 1969, 1h43 Michel, le jeune fils de l’écrivain Charles Thénier, est renversé sur la place d’un village breton par un automobiliste qui prend la fuite. Le garçon meurt des suites de ses blessures. Charles, qui a aussi perdu sa femme, entre en clinique pour dépression nerveuse. Plus que jamais, il est décidé à retrouver l’homme qui a tué son fils. A sa sortie d’hôpital, il mène son enquête et ne tarde pas à identifier l’inconnu : Paul Decourt, garagiste à Quimper. Pour mieux l’approcher et assouvir sa vengeance, Charles devient l’amant d’Hélène Lanson, la belle-soeur de Paul. Lors d’un séjour de vacances à La Rochelle, Charles découvre que le chauffard est un tyran domestique détesté par son propre fils, Philippe…

 

:: Film noir et littérature

Hollywood et le roman noir sont contemporains et liés par d’innombrables allers-retours, s’inspirant constamment l’un de l’autre.
Dès 1930, la fabrique à rêves débauche Dashiell Hammett qui décrivait le cauchemar de l’Amérique corrompue dans l’un des premiers romans de la littérature Hard-Boiled, La moisson rouge. Dès lors, ses personnages et ceux de Raymond Chandler infuseront leur mauvaise conscience sociale dans des dizaines de scénarios originaux, adaptations, relectures et remakes – jusqu’à des films noirs traitant eux-mêmes du monde du cinéma (L.A. Confidential) ou détournant le mythe de Philip Marlowe à l’envie (Le privé).
Avec la collection de poche Série noire en 1945, Marcel Duhamel décide de traduire en France de nombreux auteurs issus de la littérature Pulp, et donc relativement ignorés aux États-Unis, à commencer par Horace McCoy (On achève bien les chevaux) ou Jim Thompson (Série noire ou Coup de Torchon au cinéma). Ce faisant, il dépasse le cadre de l’enquête criminelle pour montrer des héros déclassés et bien souvent nous immerger dans des points de vue déplaisants. Le terme Série noire désigne bien un univers, un style de narration sèche à la première personne, qui s’inscrit dans une tradition de réalisme critique. On est loin des origines bourgeoises du roman à énigmes où il s’agit de rétablir l’ordre social – ici, on gratte là où ça fait mal. Comme le note Jean-Patrick Manchette dans ses Chroniques : « Lorsque ce héros n’est pas lui-même un salaud luttant pour sa petite part de pouvoir et d’argent, lorsqu’il a connaissance du Bien et du Mal, il est seulement la vertu d’un monde sans vertu. Il peut bien redresser quelques torts, il ne redressera pas le tort général de ce monde, et il le sait, d’où son amertume. »
En parallèle du cinéma de gangsters à la française (Touchez pas au grisbi, puis de nombreux Audiard de plus en plus parodiques), le phénomène de la Série noire touche un temps tout le cinéma français, des jeunes turcs de la Nouvelle Vague (Truffaut, Godard en plein désir d’Amérique mais aussi Louis Malle et Claude Sautet), aux tenants de la Qualité française et leurs suivants (Verneuil). Leur racine commune est probablement à chercher du côté de Melville, alors idole des Cahiers, mais celui-ci n’aurait sûrement pas fait le même cinéma s’il n’y avait pas eu Le Trou de Jacques Becker, chef d’oeuvre de réalisation minutieuse et précision documentaire tiré d’un récit de l’ancien taulard José Giovanni. Le roman noir imprègne donc toute sorte de cinématographie, il s’impose dans les années 60 et réapparaît dans les années 80 avec le néo-polar ; il est chez Kurosawa lorsqu »il s’inspire de La moisson rouge pour Le Garde du Corps ou dans des adaptations étranges de Godard et Altman, il est chez Kubrick qui fait travailler Thompson pour L’Ultime Razzia et Les sentiers de la gloire. Il paraissait donc juste de lui rendre honneur.
Loic Guillaume

 

:: Les séances précédentes du cycle Films noirs en série 2 au Videodrome 2
> Melville chez les maîtres du Polar :: jeudi 14 mai à 20h

Tarifs des projections cinéma :

4€ la séance
3€ la séance avec l’adhésion de soutien
2€ pour les enfants et séances du mercredi

adhésion annuelle à l’association : 5€
adhésion de soutien à l’association : 20€

Ouverture de la billetterie 1h avant le début de chaque séance

 

> Voir toutes les séances cinéma au Videodrome 2

 

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