Le cinéma soviétique des années 60 :: Du mardi 19 au dimanche 24 mai

Comédie populaire, films documentaires lyriques, le grandiose baroque de Paradjanov, l’errance existentielle de la jeunesse moscovite des années 60, une satire géniale de Klimov (l’homme qui réalisera dans les années 80 Requiem pour un massacre), et un voyage entre le digital et l’analogique !

Dans Trust (Hal Hartley, 1991), que nous avons diffusé le jeudi 7 mai, le personnage principal, incarné par Martin Donovan, joue à un jeu d’alcool. Le dialogue est :

Matthew :  » Voulez-vous que je vous explique la différence entre digital et analogique ? »
Mère de Maria : : « Non »
Matthew : « C’est vraiment fascinant.
Mère de Maria : « J’en suis sûre. »
Matthew : « … Je crois que je suis bourré. »

Puis il s’effondre.

Le digital s’est emparé du cinéma, particulièrement de sa diffusion, il y a somme toute très peu de temps. En quelques années à peine, les projecteurs 35mm ont été démontés. Le tremblement de l’image, la précision (atomique, moléculaire en tous cas) de l’image sur la pellicule, sa fragilité, tout ça a disparu, brutalement. Circulons, il n’y a rien à voir.
Bien sûr, au profit de matériel plus léger, plus souple et maniable.
C’est en grande partie grâce au numérique que le Videodrome 2 existe. La quasi-totalité des projections que nous avons menées à ce jour l’ont été via des supports numériques, à l’exception d’une projection en 16mm d’un film de Stephen Dwoskin.

Mais pour le cycle consacrés au cinéma soviétique des années 60, certains films n’existent qu’en copie 35mm.

Et c’est ainsi que nous allons les diffuser : le projecteur sera dans la salle, visible, audible, pour La porte d’Ilitch de Marlen Khoutsiev et pour Entrée interdite aux étrangers, de Elem Klimov. Ce dernier est programmé y compris pour le jeune public. Les enfants pourront donc voir ce qu’étaient ces machines qui projetaient de la lumière sur un écran, et ce qu’est un film lorsqu’il est inscrit sur une pellicule enroulée.

Et nous pourrons voir, dans leur tremblement originel, ces deux films.
La capacité d’accueil de notre salle sera réduite, notez-le bien (en raison du projecteur dans la salle).

Jeudi, plusieurs films courts documentaires (Nous de Artavazd Pelechian, 10 minutes de vie de Frank Hers, La fonte de Otar Iosseliani), vendredi, Les chevaux de feu, de Sergeï Paradjanov, et samedi La prisonnière du Caucase, de Leonid Gaidai.

 

:: Mardi 19 mai à 20h
La Porte d’Ilitch (J’ai vingt ans)
Marlen Khoutsiev – 1964, 2h55
Projection en 35mm
Version originale russe sous-titrée en français
Film-culte du Dégel. C’est aussi l’un des seuls films censurés de la période : sa réalisation s’est étirée sur plusieurs années du fait de cette censure (le film a été achevé en 1964). On dispose, grâce à l’ouverture des archives, à la fois de la version originale du film – qui a passé 25 ans sur les « étagères » du Goskino et a été finalement diffusée au début de la perestroïka par la télévision soviétique, comme d’autres films interdits.
Khoutsiev
montre la vie de trois jeunes Moscovites inséparables, Serioja, Kolia et Slava. Leur amitié depuis l’enfance constitue la trame du film. Comme tout le monde, ils aiment, étudient, travaillent (point essentiel – tous trois appartiennent au monde ouvrier). Ces jeunes sont influencés par la culture occidentale : ils apprécient le jazz, les danses modernes, la peinture contemporaine, redécouvrent l’amour, se promènent longuement dans Moscou, fréquentent assidûment les soirées de poésie. Le film tout entier est un hymne à la jeunesse. Leur enfance s’est déroulée durant la guerre et ils n’ont connu leurs pères que d’après des photographies : ils sont les enfants de ceux qui sont morts au front. Aujourd’hui ils ont vingt ans et sont à la recherche d’un idéal. Leur révolte passe par une fracture de générations.

 

:: Mercredi 20 mai à 16h
+ Dimanche 24 mai à 19h
Séance proposée dans le cadre du programme Kinetica, à partir de 7 ans
Soyez les bienvenus ou Entrée interdite aux étrangers
Elem Klimov – 1964, 1h14
Projection en 35mm
Version originale russe sous-titrée en françaisL’été bat son plein dans la colonie de vacances pour jeunes pionniers. Mais un garçon ne cesse de déranger l’ordre établi. Lorsque Kostia Inotchkine va jouer avec les garçons du village, risquant ainsi d’attraper la coqueluche, le directeur de la colonie décide de le renvoyer chez lui. Mais l’enfant ne l’entend pas de cette manière.

Elem Klimov est né le 9 juillet 1933 à Stalingrad. Il est évacué de la ville en 1942 avec sa famille. Après des études dans un institut d’aviation, il travaille à la radio, puis entre à l’Institut de cinéma de Moscou. Son premier long-métrage est la comédie Soyez les bienvenus (1964) qui choque par son humour un peu trop corrosif. Le final est considéré comme une moquerie ouverte de la politique agricole et des campagnes pour le maïs de Khrouchtchev. Sorti en 1965, après le départ du dirigeant, il devient immédiatement et pour longtemps un des films pour enfants les plus populaires d’Union soviétique. Le cinéaste connaîtra ensuite de nombreux déboires avec la censure soviétique au gré de films aussi difficiles et marquants que Agonie (1974) ou Va et regarde (1985). Au moment de la Perestroïka, il prend la tête de l’Union des cinéastes et se consacre au travail communautaire, mettant fin à sa carrière de réalisateur. Il décède en 2003.

 

:: Jeudi 21 mai à 20h
Programme de courts métrages documentaires

Nous
Artavazd Pelechian – 1969, 25 min
Un montage alternant images préexistantes et fabriquées, qui composent une lyrique inquiète, d’un humanisme vibrant, où les regards succèdent aux visages, où le peuple arménien semble résister à toutes les blessures, à toutes les épreuves dont le quotidien rappelle symboliquement la teneur : dramatique avec un enterrement, comique et tragique à la fois, lorsque le conducteur d’un triporteur disparaît dans les gaz d’échappement du véhicule qui le précède, bouleversante lors de la séquence des retrouvailles, où hommes et femmes s’embrassent, s’enlacent, jusqu’au vertige. Sous le regard d’un visage d’enfant, visage primitif, visage douloureux dont la répétition souligne une volonté farouche de partage, de reconnaissance, et de paix universelle. « Comment oublier ce peuple arménien en larmes dans les images d’archives des rapatriements successifs (de 1946 à 1950) : retour au pays, étreintes, retrouvailles, corps déportés par l’émotion et le montage qui, au sein de ces images, vrille comme un tourbillon, un vertige, une défaillance ? »

Dix minutes de vie
Frank Herz – 1969, 10 min
En un seul plan, la caméra fixe le visage d’un jeune enfant qui regarde un spectacle de marionnettes qui reste invisible pour le spectateur du film.
Une splendeur !

 

La fonte
Otar Iosseliani – 1964, 17 min
Une journée à l’usine métallurgique de Rustavi (Géorgie). Description du processus d’obtention du métal, de la vie de quatre fondeurs au cours de ce travail. Pas de dialogue.

 

 

:: Vendredi 22 mai à 20h
Les chevaux de feu
Sergueï Paradjanov – 1964, 1h30
Version originale ukrainien et russe sous-titrée en français
Un conte ancien âpre et cruel. Tout simplement un des plus beaux films qui soit.
Dans les Carpates, au XIXe siècle. Ivan et Marichka, deux enfants, s’aiment passionnément malgré la rivalité funeste qui oppose leurs familles depuis toujours. A l’adolescence, Ivan gagne les alpages pour garder les troupeaux. Saisi d’un étrange pressentiment, il retourne bientôt au village, pour apprendre que Marichka s’est noyée dans la rivière en voulant le rejoindre. Meurtri, il finit par épouser Palagna, dans l’espoir d’oublier son infortune. Mais le malheur le poursuit : amoureux de son épouse, fou de jalousie, le sorcier Jura le tue d’un coup de hache…

 

:: Samedi 23 mai à 20h
La prisonnière du Caucase
Leonid Gaidai – 1967, 1h17
Version originale russe sous-titrée en français
Venu dans le Caucase pour réunir du matériel folklorique, l’étudiant Chourik, un bon garçon un peu ahuri tombe amoureux de la fantasque Nina, sportive, activiste et jolie.
Celle-ci est enlevée afin de la marier de force à un haut fonctionnaire local. Chourik se rue tête baissée pour sauver la prisonnière du Caucase…
Le scénario est écrit à partir d’une nouvelle de Léon Tolstoï (La Captive du Caucase).
Sorti sur grand écran, ce film a connu un grand succès auprès des spectateurs soviétiques, toutes générations confondues. Une comédie excentrique.

 

 

Videodrome 2, 49 Cours Julien, 13006 Marseille
> Voir le plan

Tarifs des projections cinéma :

4€ la séance
3€ la séance avec l’adhésion de soutien
2€ pour les enfants et séances du mercredi

adhésion annuelle à l’association : 5€
adhésion de soutien à l’association : 20€

Ouverture de la billetterie 1h avant le début de chaque séance

 

> Voir les autres projections du cycle Le cinéma soviétique des années 60

 

 

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