Stephen Dwoskin, Trying to kiss the moon :: Du 14 au 18 avril à 20h


À l’occasion de la sortie de leur revue consacrée à Stephen Dwoskin, Videodrome 2 reçoit Dérives :
« En mai 2009, nous sommes allés lui rendre visite à Londres. Nous voulions discuter avec lui de son cinéma, dont nous avions récemment fait l’expérience marquante. Dwoskin propose au spectateur de partager l’intensité du regard – le sien, et la vision de ses films avait travaillé en nous des questions liées au désir et à la sexualité, à la douleur, au rapport du corps et du politique. Que faisons-nous de nos libertés ? Qu’est-ce que l’incarnation ? Qu’est-ce que l’amour ?
Stephen Dwoskin nous a quitté en juin 2012. Pendant cette semaine, au Videodrome 2, nous allons essayer « d’embrasser la lune ». »

Du mardi 14 au samedi 18 avril à 20h
Videodrome 2, 49 Cours Julien, 13006 Marseille
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Tarif unique : 4€ + adhésion annuelle à 5€
Tarif avec l’adhésion de soutien (20€/an) : 3€
Entrée en libre accès (hors adhésion) pour l’achat de la revue Dérives n°3 sur place

Ouverture de la billetterie à 19h

:: Mardi 14 avril à 20h
Dyn Amo
Stephen Dwoskin – 1972, 2h
« Chaque film de Dwoskin pourrait se décrire ainsi : un homme regarde une femme qui lui rend ce regard. Cet échange bras de fer durera le temps qu’il faut, ce sera parfois doux comme une caresse, aussi intense qu’une demande. Parfois, la peur, le refus, la fierté blessée, l’abandon traversera ce cinéma tendu et paralysé par les regards caméra. Comme au peep-show, ses films se regardent isolé de tout. Ils s’adressent à la solitude de chacun. » Philippe Azoury

:: Jeudi 16 avril à 20h
Behindert
Stephen Dwoskin – 1974, 1h34
C’est dans Behindert que Dwoskin se met en scène pour la première fois, tout simplement, dit-il, parce que c’est sa propre histoire qu’il raconte. Une histoire simple : un homme et une femme se rencontrent au cours d’une soirée entre amis, ils se revoient, vivent ensemble quelque temps, puis la femme s’en va.
Le cinéaste nous demande de regarder des choses que nous n’avons jamais regardées et il nous raconte une histoire d’amour qui peine à se frayer un passage dans les aléas du quotidien – d’un quotidien handicapé – et qui s’y enlisera.

:: Vendredi 17 avril à 20h
Perfect life
Véronique Goël (images de Jürg Hassler et Stephen Dwoskin) – 1991, 1h22
projection 16mm
Ils sont sept. D’origines géographiques et culturelles diverses., ils ont en commun une relative indétermination sociale. Ils n’ont pas de famille et vivent dans un même territoire, un quartier d’une grande ville. Leur univers musical joue un rôle fondamental: élément romantique important de leur imaginaire, il contraste fortement avec le prosaïsme de leur mode de communication. Le film ne s’appuie pas sur une narration linéaire. Il n’a ni début, ni fin et décrit une période indéterminée de la vie des personnages….

:: Samedi 18 avril à 20h
Trixi
Stephen Dwoskin – 1969, 26 min
« Ce film, qui fut tourné durant une séance unique de huit heures, met en œuvre, et de manière extrêmement violente, une sorte de passation de pouvoir entre filmeur et spectateur. Sur l’écran, une femme se donne littéralement aux regards. Jusque-là, ces images ne seraient que de tristes images pornographiques softs. Ce qui change tout, c’est que Dowskin « répond » à ce regard en affirmant qu’il lui est bien destiné : recadrages, zoom avant et arrière, plans rapprochés ou plus larges. Nous ne pouvons assumer la place de destinataire, accepter l’invitation, y répondre. Sensation troublante de ne pas être à notre place, d’avoir pris la place d’un autre, de regarder par-dessus son épaule. » Aline Horisberger

The Sun and the Moon
Stephen Dwoskin – 2007, 1h
The Sun and the Moon, conte de fée cinématographique, raconte la rencontre terrifiante de deux femmes avec « l’altérité » qui prend la forme d’un homme, abject et monstrueux. Elles doivent soit témoigner, soit accepter et participer à son annihilation. Tous sont prisonniers de leur propre isolement et ont peur de la menace qui doit être affrontée.
Ce film, interprétation personnelle de La Belle et la Bête, concentre préoccupations, croyances et désirs au sein d’images séduisantes qui ouvrent la possibilité de faire entendre de rudes vérités.

Repères biographiques :

Stephen Dwoskin (1939-2012) est né à New York. Son grand-père russe était danseur et voulait que Stephen le devienne également, mais à l’âge de neuf ans il est atteint de la poliomyélite. Ses déplacements deviennent difficiles et requièrent dès lors une aide appareillée. A l’hôpital, il commence à peindre pour illustrer des livres. En sortant, il débute la photographie et une fois l’école terminée, il étudie le design et la peinture. Le cinéma viendra plus tard, en 1961, lorsque Stephen Dwoskin filmera les pieds de sa femme et réalisera son premier film, Asleep.
L’immobilité physique du cinéaste va donner forme à son cinéma. Dorénavant, à l’aide de la caméra, il va explorer l’espace qui l’entoure et se déplacer avec les yeux. Ce qu’il fait avec une détermination et un désir de vie certains, faisant de ses limitations physiques des outils de réflexion et de fabrication artistique, tout comme les dispositifs de prise de vue et de montage cinématographiques, mis à l’épreuve pour les tirer vers la plus grande expressivité.
Le vent de liberté qui se mit à souffler à New York dans les années 60, une grande période de protestation et d’expérimentation sociale, politique et artistique, a été un vrai déclencheur pour lui. Il a très tôt pris fait et cause pour un cinéma différent, non-industriel, à l’instar du sien et de celui de nombreux autres artistes. Après son arrivée à Londres en 1964, il a participé à la création de la première coopérative de cinéastes en Europe. Dans son livre Film is, publié dix ans plus tard, il rend hommage à tout ce cinéma novateur, qu’il appelle le cinéma international libre.
Stephen Dwoskin n’est jamais rentré vivre aux États-Unis. C’est en Europe que ses films ont connu leur premier succès public, lors du festival international de film expérimental de Knokke-Le-Zout en 1967-68, où il a gagné un prix. Par la suite, plusieurs de ses films ont été co-produits par des chaînes de télévision culturelles dans différents pays européens (la ZDF en Allemagne, Channel 4 en Grande Bretagne, La Sept/Arte en France et en Allemagne). La reconnaissance qu’il a reçue de ses pairs se reflète dans les rétrospectives dont il fait l’objet : Digne (1980), Genève (1981), Festival de film documentaire de Marseille en 1995, Bilbao (1996) ; Paris/Pantin (2004) ; Rotterdam (2006) ; British Film Institute à Londres en 2009, Cinémathèque de Berlin en 2010. Son dernier film date de l’été 2012. Il venait de le terminer quand il est décédé en juin 2012. La première mondiale a eu lieu au Festival de Locarno en août 2012.

Extrait de l’entretien avec Stephen Dwoskin par Dérives :

La mobilité extrême de la caméra ou l’usage du zoom vous font adopter des points de vues très particuliers. Le spectateur a souvent la sensation de perdre ses repères.

Mes premiers films sont tous en caméra portée, c’est une extension de l’œil et le cadrage apparaît alors assez spontanément. Lorsqu’on s’immerge dans le viseur, un tout autre monde apparaît, on y découvre les choses au moment où elles surviennent et rien ne peut être anticipé. Quand je suis dans cet état d’observation, des éléments m’apparaissent, alors je m’y attarde. C’est un peu comme aller chasser des papillons. Il n’y a pas d’explication théorique à ça, il s’agit juste d’accompagner le jeu des acteurs. Quand je suis dans la caméra, je suis aussi complètement dans le film, dans l’événement, et je me fie uniquement à mon instinct pour choisir vers quoi aller.
C’est un peu comme se perdre dans ses pensées. Quand on regarde dans le viseur, le monde est automatiquement cadré. Absent à ce qui nous entoure, on est plongé dans une sorte de voyage visuel. Le reste est juste un développement de ce principe, parce que cela permet d’identifier certaines choses ou de se concentrer sur elles. Encore une fois, c’est plutôt comme utiliser un crayon. Quand on dessine, on est avec la ligne, sans faire attention à rien d’autre, on en oublie jusqu’au papier sur lequel on est en train de la tracer. Ça me met vraiment dans un état très particulier. C’est comme tendre la main pour toucher les choses, mais en utilisant les yeux à la place des mains.

C’est aussi une question de rythme, de tension.

Comme rien n’est prévu, la tension provient de ce qu’on voit et de ce qu’on ne voit pas. Combien de temps peut-on par exemple passer sur la main de quelqu’un ? Il se produit une sensation de la durée, une concentration accordée à des moments particuliers, à des événements. La tension est aussi une affaire de temps, celui que l’on passe à regarder quelque chose d’une certaine façon. C’est un peu comme être ivre et être complètement absorbé par un fil, par la chemise de quelqu’un. Et tout ce qui se déroule autour entre en rapport avec cette chose que vous fixez. Plus vous passez du temps avec quelque chose, plus il y a de tension.

« …une revue de cinéma, où ceux qui font des films donneraient de temps en temps leur position, comme des navires de commerce divers sur l’océan… » (extrait d’une lettre de Jean-Luc Godard à Jean-Pierre Rassam, 1977)

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